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SARAH: POURQUOI J’AI DESCOLARISE MES ENFANTS

Sarah Thomson vit dans la campagne bretonne avec ses deux enfants. Elle nous raconte pourquoi et comment elle a décidé de ne plus scolariser ses enfants. Un point de vue polémique mais engagé et réfléchi.

boys-1782427_1920QUELLE EST VOTRE RELATION AU MONDE SCOLAIRE ?

Depuis toujours, mes parents m’ont appris à observer, à avoir une conscience propre. En suivant ce chemin j’ai croisé divers modes d’éducation, libre, non-violent, autoritaire, violent, pédagogie Waldorf, Montessori, Freinet, l’instruction en famille, l’école publique. J’ai donc eu accès àdifférentes forme de culture, de milieux, cecidepuis l’enfance.

Et puis j’ai découvert l’école. Un système hiérarchique qui s’inscrit du bas âge aux hautes sphères de l’académie. J’ai ressenti aussi du mépris de la part des enseignants, en tant qu’élève, puis en tant que parent. Pourquoi quand nous voulons discuter avec les enseignants pour savoir si notre enfant se plait à l’école, pour résoudre un problème dont notre enfant nous a parlé, avons nous l’impression de se faire prendre de haut ? Une question de hiérarchie, tout simplement. Nous, parents, sommes en dessous de leur « rang » d’enseignant (selon leur système dans lequel ils baignent). Pourquoi un enfant qui se donne du mal pour réussir est-il dévalorisé ?  Alors qu’il est là pour apprendre, on le met en situation d’échec, ce qui est contre-productif! On le menace de punition, on lui parle sans respect et politesse… Je ne suis pas à l’aise avec cette idée de supériorité. En bref, les enfants ne peuvent pas s’épanouir dans ce contexte où ils sont juste ‘contenus’. Le coté élitiste qui consiste à noter est un outil de hiérarchie et créé de la division et de l’isolement.

CERTAINS MODES D’EDUCATION VOUS ONT-ILS ATTIREE PLUS QUE D’AUTRES?

J’ai toujours eu plus de sympathie pour l’instruction Waldorf ou en famille, non-violente. Mais sans pour autant pousser ce sentiment à l’extrême, ayant remarqué que toute conduite extrême en matière d’éducation n’est en réalité qu’un moule d’une forme différente.

L’école publique, autrement dit l’instruction, représente pour moi une nécessité, et si elle n’est aujourd’hui pas parfaite et ne le sera jamais, j’en ai tiré des expériences et une connaissance du monde. Mais dans mon fort intérieur, j’ai toujours désiré une autre école, une école où l’on peut faire des projets, écrire de la couleur que l’on veut, être un peu comme chez soi, une école ou on sera valorisé.

AVEZ VOUS, VOUS-MEME, PU SUIVRE UN CURSUS NORMAL?

J’ai arrêté mon cursus scolaire après la 5ème, je m’ennuyais mortellement, pour reprendre des formations professionnelles qui me plaisaient. Par la suite et n’ayant pas eu mes enfants avant 30 ans, j’ai eu tout le loisir de me conforter dans des idées, les transformant en certitudes. J’avais donc ce désir d’une éducation qui accompagne la curiosité de l’enfant, comme une barrière souple et adaptable qui empêche de tomber mais qui ne fait pas mal.

BELLE UTOPIE…

Bien sûr, entre le désir et la réalisation il y a plus d’un pas à faire, je n’étais pas neutre, il m’a fallu désapprendre, me structurer, apprendre à être juste et non violente (pas facile quand on est imprégné d’exemples). J’étais aussi beaucoup plus influençable, il y a quelques temps. Des fois l’on me disait: « tu devrais faire comme ça avec tes enfants, sinon ils vont devenir comme ça », et même si ma conscience me disait que ce n’était pas la vérité, j’optais pour des comportements qui n’étaient pas les miens. Je m’éloignais de l’essentiel : je suis maman avant tout ! Et non quelqu’un qui suit un chemin tout tracé (qui ne se traçait pas d’ailleurs). Donc, priorité aux enfants !

LE SYSTEME SCOLAIRE PESAIT-IL SUR VOTRE FAMILLE, VOS ENFANTS?

Mon aîné avait eu la malchance de tomber en CP sur une maîtresse qui faisait de la discrimination (sans s’en rendre vraiment compte, je crois). Il n’était pas vraiment prêt à apprendre la lecture et l’écriture, à rester assis une journée entière, il a vraiment perdu beaucoup de confiance en lui à cette période. Il n’arrivait pas à s’endormir le soir, « triturait » toujours ses mains, et n’avait pas de copain à l’école. Les rythmes scolaires faisaient aussi que nous n’arrivions plus à nous détendre chez nous, les enfants, tellement sur les nerfs, ne supportaient plus rien, donc personne n’était heureux. Nous n’avions plus de moment de famille agréable.

C’EST A CE MOMENT LA QUE VOUS AVEZ CHOISI DE CONTINUER VOTRE ROUTE HORS EDUCATION NATIONALE?

Nous avons beaucoup discuté avec les enfants qui avaient alors 8 et 5 ans, en comparant quelles seraient nos vies avec ou hors de l’Education Nationale. C’est sans hésitation que nous choisîmes l’instruction en famille. Plus de rythmes imposés, quel soulagement! Plus de comportements « déviants » rapportés, nous étions face à nos propres comportements familiaux. C’était bien plus facile à gérer, bien moins fatiguant. Même si l’écart d’âge entre mes deux enfants à ce moment là n’était pas facile, le petit et le grand n’étant pas dans la même dynamique de jeux. Mais nous avons appris à vivre ensemble.

AVEZ-VOUS VU DES PROGRES CONCERNANT LES APPRENTISSAGES?

Dès le début de cette nouvelle vie, les compliments d’observateurs extérieur pleuvaient, « ils sont plus éveillés » « On ne dirait pas qu’il a 7 ans, il est plus mûr » ai-je entendu plusieurs fois. Mes enfants pouvaient apprendre et jouer, c’était un vrai bonheur. Mon fils qui ne savait pas bien lire au sortir du CE1 à rapidement mieux lu, nous ne travaillions pas beaucoup et j’ai pu les regarder grandir et apprendre dans le domaine de leur choix, je les voyais se structurer de manière que je qualifie de saine.

Quand nous avons commencé l’école en famille, j’ai vu dès le début que L’ainé reprenait à petit à petit confiance en lui, le goût d’apprendre, mais cela à prit tout de même presque 2 ans.

VOS ENFANTS N’ONT ILS JAMAIS DEMANDE A REPRENDRE L’ECOLE?

Si, justement. Nous avons déménagé, mon aîné a souhaité reprendre le chemin de l’école publique, il avait de envie d’apprendre autrement, de découvrir une nouvelle école, de vivre sa vie et de voir plus souvent un bon copain qui fréquente cette école. Il a été  choqué, interloqué par le comportement stupide des adultes, des règles inutiles et du manque de confiance que l’on porte à l’individu. Il m’a dit aimer apprendre, pour ensuite me dire détester les maths et le français, c’est pour moi une évidence que la manière d’enseigner dans les école est très sclérosée, qu’elle manque cruellement de vie et d’attrait . Au niveau des techniques d’apprentissages, le système ne lui convient pas du tout, malgré qu’il ait forcément été impacté par celles de l’école.

Le cadet, ayant arrêté en grande section, a gardé, lui, une manière naturelle de se tourner vers l’apprentissage : pas besoin de lui dire « compte! », il est curieux par lui-même d’apprendre à compter. Pour la lecture il est un peu moins prêt, mais il a envie et cela va venir, j’essaie de lui trouver une manière concrète et intéressante pour aborder les sujets d’apprentissage. Lui est catégorique ! Il ne veut pas retourner à l’école et a tanné tous les jours son frère jusqu’à ce qu’il décide de rentrer à la maison, déçu par l’aventure.

S’IMPROVISER ENSEIGNANTS, DE SES PROPRES ENFANTS, EST-CE COMPLIQUE?

J’ai dû m’adapter à mes enfants pour permettre la transmission des savoirs. Le cadet raisonne et fonctionne comme moi, c’est plus aisé de le comprendre, nous avons beaucoup de choses en commun. Il est plutôt facile. A l’école, il était le petit « chouchou »: « on l’aime bien, il fait tout comme on veut, et il réussit », me disait-on. Moi j’y voyais une perte de créativité, une nervosité accrue, de l’eczema, une digestion perturbée.

D’ailleurs, qui a inventé la règle  « va au toilette que quand je t’en donne l’autorisation »? C’est une règle inhumaine à l’encontre des droits fondamentaux de l’homme! Autre dysfonctionnement grave à mon sens : des troupeaux d’enfants dans des salles sans oxygène car insuffisamment, voire pas du tout aérées! Comment voulez-vous que l’organisme fonctionne correctement dans de telles conditions ?

Pour m’adapter à l’apprentissage de l’aîné c’était moins évident, car c’est un auditif, ce ne sont pas du tout les mêmes raisonnements, nous avons moins ce centre d’intérêt en commun, mais ces questionnements sont très intéressants (je partage beaucoup de choses aussi avec lui) ses rythmes sont aussi particuliers, je tâche de les respecter.

AVEZ-VOUS NEANMOINS DES COMPTES A RENDRE A L’EDUCATION NATIONALE?

Nous sommes contrôlés par l’inspection académique, une fois par an, deux si l’académie le juge nécessaire (ils se basent sur le niveau, mais beaucoup de parents vous diront que niveau ne veut rien dire) en 2015/2016 le contrôle était très simple puisque l’article de loi stipulait simplement l’obligation d’une instruction, mais sans en spécifier le contenu. Puis en 2016/2017 suite au vote d’un nouveau décret l’instruction devait se porter sur l’acquisition des socles de base. Ce qui nous a valu toute une batterie de tests et un deuxième contrôle. Au préalable, je leur avais refait un courrier leur précisant que le décret nous laissait le choix de la pédagogie et que l’acquisition des socles de base ne devait être effective qu’à l’âge de 16 ans. Du coup au 2e contrôle, ils ont juste regardé si les enfants avaient un peu progressé. Mais si il n’y avait pas ces lois stupides pour une famille comme nous (le décret à été pondu pour éviter les dérives islamique dans les banlieues parisiennes) je pratiquerais totalement le unscholing, c’est à dire laisser l’enfant apprendre naturellement quand il est prêt et quand il a envie tout en lui laissant accès à des outil (livres, rencontres, sorties culturelles, matériel de bricolage , etc..) Ces contrôles sont parfois sympas, parfois désagréables ou stressant, c’est comme au réveil, on n’est pas toujours de bonne humeur…

JAMAIS D’HESITATIONS QUANT A CE CHOIX?

Au final, ce que j’essaie de faire au quotidien avec eux c’est de les responsabiliser sur tous les sujets. Donc le résultat ne se voit pas forcément tout de suite, mais je suis convaincue qu’à l’âge adulte ils sauront qui ils sont (suffisamment pour choisir une voie). Ils seront à même de conduire le projet de leur vie. Mon but est qu’ils soient eux-mêmes, et pas ce que je veux qu’ils deviennent, ou ce que la société veut qu’ils deviennent. Qu’ils soient capables également de subvenir à leur besoins vitaux.

J’ai la satisfaction de penser que je ne m’en sort pas trop mal et suis pleine d’espoir quant à l’avenir.

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