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Rencontre avec Charlotte Parzyjagla, auteure de « Les enfants surdoués »

À l’occasion de la sortie récente de son livre « Les enfants surdoués » chez Ellipses, nous avons rencontré Charlotte Parzyjagla, psychothérapeute spécialisée dans le haut potentiel. 

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EDLN: Charlotte Parzyjagla, qu’est ce qui caractérise les enfants à haut-potentiel ? Les test de QI ? Des traits particuliers?

Certaines caractéristiques de personnalité reviennent souvent : hypersensibilité, sens de la justice, empathie, etc. La liste est longue, mais elle ne permet pas de les distinguer tous. On peut avoir toutes ces caractéristiques et ne pas être surdoué et être surdoué et ne pas les avoir toutes.

Le test de QI est un élément essentiel, mais non-central. Cela veut dire que sans passer un test, on ne peut parler de douance, mais un test reste un instrument de mesure standardisé et il demande de la pratique pour être judicieusement analysé. Il est préconisé d’observer différents éléments si on s’interroge sur un surdon eventuel:

Y’a-t-il des questionnements importants et qui dénotent de domaines d’intérêt différents de ceux des autres enfants : astronomie, origine du monde, création de l’univers ? Des questionnements métaphysiques précoces sur la mort, le temps, la liberté, l’espace, etc ?

D’observer la richesse et la subtilité du vocabulaire. De repérer un avance éventuelle du développement : l’âge de la marche, de la parole, etc.

EDLN: Vous relativisez la tendance à la « pathologisation » de la douance, comment expliquez vous ce phénomène? 

Ce phénomène est inversement proportionnel à la « mystification » qu’on en a fait par le passé. La réalité est entre les deux. Le HP est une chance, mais peut aussi impliquer des complications.

Le HP n’est pas en soi une source de souffrance, de trouble du comportement, de malheur ou d’échec scolaire. Il n’implique pas davantage la dépression, le suicide, etc. Les études sérieuses (qui sont réalisées sur l’ensemble de la population et pas seulement sur des HP qui consultent) sur le sujet n’ont rien mis en avant de ce côté.

Par exemple, lorsqu’il y a échec scolaire, c’est souvent à cause de l’inaptitude du système scolaire à répondre aux besoins de stimulation de ces enfants ; pas parce que le fait de disposer d’un HP prédispose à l’échec scolaire.

• Les enfants HP aiment suivre par exemple le déroulement de leur curiosité, pour que ce qu’ils étudient « fasse sens », donc suivre un programme imposé peut leur être préjudiciable

• Les enfants HP n’aiment souvent pas les répétitions. Pour les autres enfants, les répétitions sont favorables à l’ancrage dans la mémoire, pour un HP qui a une bonne mémoire, c’est source de désintérêt et il risque de se déconcentrer du cours, donc de perdre le fil

•  Ils n’aiment pas beaucoup apprendre par cœur, car ça n’a pas grand sens

• Ils n’aiment pas suivre des méthodologies, mais fonctionner à leur façon. Suivre une méthodologie, c’est comme tricher ! Ils peuvent se mettre en échec n’en ayant pas eu besoin jusqu’en 4 ème, parce qu’elles deviennent ensuite essentielles.

• L’accélération du programme souvent proposé dans les écoles spécialisées pour surdoués ne correspond pas à tous les surdoués, de nombreux ayant besoin d’approfondir, plutôt que voir plein de choses différentes.

EDLN: Est-ce réellement une souffrance d’être surdoué? La vie est-elle réellement plus difficile?

Lorsque le HP n’a pas été détecté dans l’enfance, que les parents ou le système scolaire, ou l’enfant, n’ont pris conscience de ce que cela impliquait, ça peut donner, à l’âge adulte des difficultés de toutes sortes. Mais rien n’est obligatoire. De nombreux surdoués vivent bien leur douance, parfois même en l’ignorant.

Le cœur du problème, c’est le décalage que le HP crée avec les autres enfants. Ce décalage est insidieux, car il ne se voit pas forcément. Et l’enfant qui ne comprend pas la raison de cette différence, l’assimilera à un problème chez lui et peut développer un sentiment d’incompétence, de bizarrerie. Tenter de se sur-adapter et renoncer à sa personnalité, etc.

L’enfant, s’il ne trouve pas dans son environnement des modèles d’individus qui lui ressemblent, auxquels s’identifier, peut avoir une construction bancale et source de souffrance, de fragilité narcissique. Les HP peuvent subir du harcèlement scolaire, car les autres sentent qu’ils sont différents et ça peut générer une hostilité, en partie inconsciente.

Le haut potentiel peut générer une hypersensibilité qui, si elle n’est pas canalisée, peut être source de souffrance, à l’inverse, quand elle est maitrisée, c’est une source d’intensité. Ils vivront avec passion et enthousiasme. Mais être haut potentiel ne prédispose pas à la souffrance. Ça potentialise des éléments du caractère. Si un enfant a une tendance dépressive, s’il est HP, sa dépression sera sans doute plus profonde.

EDLN: Est-ce, de votre point de vue, plus compliqué de s’adapter pour un profil complexe que pour un profil laminaire?

Avoir un profil hétérogène est plus compliqué que l’on soit haut potentiel ou non, car cela signifie qu’il y a des compétences inégales dans différents domaines et/ou qu’il y a un trouble sous-jacent.

Dans le cas d’un trouble sous-jacent, il y forcément certaines difficultés. Ces difficultés n’impliquent pas nécessairement des problèmes d’adaptation. Ça peut impliquer un manque de confiance en ses capacités, car à certains moments, les choses paraissent faciles, à d’autres, il faut fournir un effort de compréhension.

Mais quand on a un profil haut potentiel hétérogène, on a normalement, malgré l’hétérogénéité, des aptitudes permettant une bonne adaptation au système scolaire.

Les neurosciences commencent à peine à dégager des différences de fonctionnement entre ces deux profils et rien pour l’instant ne montre de lien entre difficultés d’adaptation et profil hétérogène.

EDLN: Y-a-t-il beaucoup d’idées reçues, de mythes à propos des surdoués?

Oui et il y en a de plus en plus. Surdoué = dépression, souffrance, échec amoureux, vie sentimentale et professionnelle future chaotique, rencontre de PN, anxiété, etc. Les enfants qui s’ennuient en classe sont surdoués, les enfants surdoués sont mal éduqués, les enfants surdoués sont autistes, les enfants surdoués n’existent pas, etc.

La désinformation, « déformation » est partout. Ça prend de l’ampleur avec internet et la culture facile. On voit émerger des concepts qui n’existent pas dans la psychologie, comme celle de « haut potentiel émotionnel ». Ça touche même des « psys » qui posent des   « diagnostics » de ce genre à des patients, alors qu’on ne dispose pas à l’heure actuelle de test valable pour mesurer le potentiel émotionnel. Le mythe sous-jacent, c’est que haut potentiel intellectuel = haut potentiel émotionnel. Des patients viennent ensuite passer des tests parce qu’ils se pensent surdoués. L’hyper émotivité peut être la résultante de tas de facteurs : le caractère, le vécu, une pathologie psychiatrique, etc.

EDLN: Le refus de s’habiller, de faire ses devoirs, des tâches absurdes ou répétitives, est ce de l’ordre du caprice?

Non, la plupart du temps. D’où la nécessité de bien comprendre comment fonctionnent les surdoués. Il y a beaucoup d’enfants qui n’apprécient pas les tâches répétitives, mais les exécutent quand même. Pour le surdoué, le monde est un passionnant et vaste terrain d’exploration et perdre du temps dans certaines tâche routinières peut se révéler être profondément mortifère. Il faut se dire aussi que le surdoué, comparativement aux autres enfants, refrène sans doute davantage toute la journée ses enthousiasmes. Il doit, par exemple, refouler toutes les questions qui lui viennent à l’esprit quand un prof parle en classe, canaliser sa grande énergie et supporter que les choses n’aillent pas assez vite. Quand le soir vient et apporte une nouvelle contrainte, les devoirs, ça peut être la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

S’habiller, par exemple, demande une certaine énergie qui ne sera plus disponible pour faire autre chose de beaucoup plus intéressant. Leurs cerveaux ont besoin de beaucoup de nourriture. Bien sûr, affronter l’ennui est essentiel pour appréhender son désir, mais trop d’ennui éteint le désir. Les surdoués étant forcément plus confrontés à l’ennui du fait de leur rapidité de compréhension, il faut veiller à ce qu’ils ne s’ennuient pas trop.

EDLN: Dans votre ouvrage, vous déplorez le procès de « désorganisation » intenté aux élèves à haut potentiel, et prétendez que la pensée en arborescence est structurée, pouvez-vous nous en dire un peu plus?

On dit souvent que les surdoués ne savent pas bien structurer leur pensée quand il faut
la canaliser dans un plan en trois parties par exemple. La raison ne tient pas d’une difficulté à organiser son esprit, mais:

• D’une difficulté à faire rentrer toutes ses idées dans un devoir restreint en nombre de pages,

• Ou de la difficulté à argumenter une antithèse qui contredirait la thèse initiale. Les enfants qui ne sont pas surdoués ont besoin de suivre une procédure rigoureuse de démonstration avant d’arriver à affirmer un point de vue, l’enfant surdoué sait bien ce qu’il veut défendre avant de rédiger le début de son devoir,

• Et puis, ils peuvent avoir du mal à synthétiser leur pensée, car pour eux, chaque détail (c’est-à-dire chaque idée, chaque pensée) peut avoir son importance.

EDLN: Certains parents d’enfants à haut potentiel semblent avoir des difficultés à prendre le recul nécessaire pour répondre aux besoins éducatifs de leurs enfants, alors qu’ils sont eux-mêmes à haut potentiel, comment expliquez-vous cela?

Si le parent à HP a mal vécu sa douance, il peut projeter son expérience sur son enfant. Or, chaque expérience est différente. S’il a été contraint, par le passé, à renoncer à son fonctionnement singulier, il peut inconsciemment renvoyer une certaine hostilité à son enfant qui essaie de s’affirmer dans sa spécificité. Un parent qui n’est pas HP peut se révéler parfois plus neutre.

EDLN: Que pouvons nous proposer en tant que parents et enseignants à ces enfants afin qu’ils évoluent en harmonie avec leur propre mode de pensée?

De permettre à ces enfants d’appréhender leur propre fonctionnement sans plaquer sur eux des attentes prédéfinies. Chaque surdoué est unique et doit aller se rencontrer. C’est valable pour tous les enfants.

EDLN – JS – Mars 2018 

 

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