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Éléonore Laloux, conseillère municipale atypique

Eléonore Laloux est trisomique. Mais elle est surtout une personne autonome et inspirante. Auteure de  «Triso, et alors ! » (Max Milo,  2014), elle est, depuis les dernières élections, conseillère municipale de la ville d’Arras. Retour sur un parcours atypique et brillant. 

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Lorsqu’Éleonore est née, les médecins ont annoncé à son père qu’elle était porteuse
d’une « aberration chromosomique ». « Mes parents étaient sous le choc dès l’annonce ». On sépare Éléonore de sa mère, on donne à cette dernière un cachet pour stopper la montée de lait, sans lui demander son avis. On s’empare de leur vie, de leur destin.

« Un mois après ma naissance, mes parents sont allés dans une famille avec une fille qui avait la trisomie 21 pour avoir quelques conseils. Comment vivre avec un enfant ayant une trisomie 21 et que faire pour lui permettre de se développer au mieux ? « . Ils l’emmènent également voir plusieurs spécialistes : orthophonistes, pédiatres, orthopédistes, kinés, psychologues…

Mais les déboires médicaux ne font que commencer. Née avec une  une malformation cardiaque, Eléonore est hospitalisée dans la banlieue sud de Paris à l’âge d’un an: « Juste après mon opération du cœur, j’ai attrapé une infection à staphylocoques. Les médecins ont demandé à mes parents si ils devaient continuer ou arrêter parce que j’étais entre la vie et la mort. J’étais dans une pièce stérile. Mes parents m’ont vue à travers une vitre. Je ne pouvais pas parler, je leur ai fait un sourire. Mes parents ont dit ’’on continue ».

Mes parents m’ont vue à travers une vitre. Je ne pouvais pas parler, je leur ai fait un sourire. Mes parents ont dit ’’on continue ».

De 2001 à 2006, elle poursuit son cursus au sein d’une Classe d’Intégration. Pour trouver un métier, Eléonore a effectué de nombreux stages dans des établissements dits « ouverts », et une formation par alternance.

« Aujourd’hui, je suis agent administratif à l’hôpital d’Arras. J’ai été employée en 2006 avec un contrat à durée déterminée. En 2008 j’ai obtenu un autre contrat à durée indéterminée.  Je vais chercher le courrier. Je fais de la mise sous pli. J’envoie des factures à des caisses d’assurance maladie et des mutuelles. J’envoie des mails et je fais du classement alphabétique. Je vis seule dans mon appartement depuis août 2011. »

Un tournant dans son parcours

Mais Eléonore a d’autres talents qu’elle compte bien mettre au service de la communauté. En 2018, le candidat Frédéric Leturque lui propose de concrétiser son combat pour l’inclusion en intégrant sa liste pour les élections municipales. Deux ans plus tard, la trentenaire se retrouve donc conseillère municipale déléguée à la transition inclusive, une élection qui a changé son regard sur elle-même, mais aussi sur la société: « Depuis mon élection en tant que conseillère municipale, mon regard sur moi-même a changé. Je me sens plus autonome, plus raisonnable, plus sage, plus humble, plus belle, plus sympathique, plus souriante et plus dynamique. »

La confiance dont elle bénéficie en tant qu’élue permet à Eléonore de devenir de plus en plus responsable et apte à servir la population: « J’ai grandi dans ma tête. Je ne mélange pas le personnel et le professionnel. Je sais ce que je veux. Avant je ne pensais qu’a moi et maintenant je pense aux autres. Je suis fière de moi et je crois que je donne une belle image de moi. »

« Il faut casser les préjugés. Les personnes en situation de handicap sont capables d’être autonomes, de prendre des décisions et de faire plein de choses. Elles sont avant tout des citoyens à part entière. »

Optimiste, elle se félicite du déclin des préjugés sur la trisomie 21: « J’ai le sentiment que le regard des autres a évolué sur les personnes ayant la trisomie 21. Je suis très contente, il y a beaucoup plus de regards positifs. On parle de nous dans les médias et sur les réseaux sociaux. » Néanmoins, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. L’inclusion reste un travail de longue haleine et l’opinion reste cramponnée aux a priori sur les diversités cognitives. Réhabiliter la différence, c’est l’objectif qu’Eléonore s’est fixé:   « Moi, je trouve qu’il n’y a pas assez d’inclusion. Je voudrais faire évoluer tout ça. En ce moment j’y travaille. il faut casser les préjugés. Les personnes en situation de handicap sont capables d’être autonomes, de prendre des décisions et de faire plein de choses. Elles sont avant tout des citoyens à part entière. »
Des idées pour changer le monde, la jeune élue n’en manque pas, clean up days, théâtre, handisport, mais aussi son projet d »‘incluthon »: « c’est un événement qui rassemble des personnes en situation de handicap et des personnes qui n’ont pas de handicap. » Experte et enthousiaste, nul doute qu’Eléonore Laloux saura faire d’Arras une pionnière en matière d’inclusion!
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« Autiste » n’est pas une insulte!

À tous ceux qui s’insurgent qu’un dénommé Christophe Dugarry, ange déchu de la Coupe du Monde 1998 devenu consultant sur RMC Sport, ait « insulté » le joueur Lionel Messi en le traitant d' »autiste », nous allons rappeler une réalité qui paraitra un truisme à nombre de nos lecteurs:

On ne « traite » pas quelqu’un d’autiste. L’autisme n’est pas une insulte.

On ne traite pas quelqu’un d’autiste, comme on ne traite pas quelqu’un de noir, de blond, de femme ou d’étranger. Ces caractéristiques font partie de la diversité humaine, et c’est très bien. Si le joueur de foot Lionel Messi est autiste, c’est une excellente nouvelle. Il contribue à incarner la réussite de tous au sein de toute la société. Il incarne, au même titre que Zidane et Thuram il y a 20 ans, la diversité. Il est temps de se rendre compte que les profils atypiques font la richesse de nos civilisations. C’est peut-être même son autisme, parce que l’autisme a aussi des avantages, qui a fait de Messi un virtuose du ballon rond! Scientifiques, artistes, sportifs atypiques, merci de nous offrir d’autres perspectives que la triste normalité!

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L’éducation au Moyen âge, sous-estimée? avec Danièle Alexandre-Bidon

Le statut de l’enfant au Moyen Âge fait débat. Dans un contexte où, sur dix enfants qui naissaient, on estime que trois mouraient avant l’âge de un an, et trois autres avant leur puberté, l’engagement affectif des parents, la considération de la société étaient-ils, comme nous aurions tendance à le croire, inexistants? Danièle Alexandre-Bidon, historienne et archéologue, docteur en histoire et civilisation médiévales, réhabilite à travers plusieurs ouvrages  l’existence de la sensibilité à l’enfance au Moyen Âge, en particulier à travers l’éducation familiale, monastique et scolaire. A la lecture de ses articles, on découvre des pratiques moins obscures que l’on voudrait le croire: innovations pédagogiques, approche sensorielle, cours de musique, prolifération des écoles dans les rues de Paris, gratuité de l’enseignement pour les plus démunis… Et si la fin du Moyen Âge était une période décisive dans l’histoire de l’enseignement occidental?

EDLN: Dans l’opinion commune, l’éducation médiévale paraît, à l’exception de  l’ Admonitio generalis de Charlemagne, indigente ou réservée à une élite. Qu’en pensez-vous?

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Jeu de lecture accompagné de commentaires religieux.  Il y a dans les marges de l’image des lettres d’alphabet, que balayent et ramassent les petits personnages. Certaines forment des séquences, du type x y z… Il manque une seule lettre. Il faut que le jeune lecteur de ce manuscrit la trouve. C’est le O. Or, des O, il y en a 7 dans les marges de la page : ce sont les couronnes en clayonnage, c’est-à-dire d’osier entrelacé, fleuries. Or, il existait une prière, enseignée aux enfants : les « 7 O », des invocations commençant toutes par la lettre O : Ô interemata…, Ô…

Danièle Alexandre-Bidon:
C’est une erreur. À partir du XIIIe siècle, en France, en Italie, en Allemagne, partout en Europe il y avait une « petite école », pour les rudiments, dans tous les bourgs ruraux et plus encore dans toutes les villes. À Paris, au XIVe siècle, il était même interdit d’ouvrir deux écoles à moins de 20 mètres (traduction en métrologie moderne, bien sûr!)  l’une de l’autre. Tous les enfants d’artisans et de marchands, (même de petits marchands) allaient à l’école pour apprendre à lire, à compter et à écrire, parce que cela était indispensable pour prendre des commandes, les livrer, noter les dettes (la société du bas Moyen Age est en surendettement) et les paiements.
 

EDLN: Le Moyen Âge désigne une vaste période, quelle a été l’évolution de l’ accès à l’instruction durant ces dix siècles?

Danièle Alexandre-Bidon: Une date barrière, le XIIIe siècle. Avant, dans chaque paroisse, seuls quelques petits paysans doués, des garçons seulement, étaient pris en charge par le curé pour leur instruction, dans l’objectif de les voir devenir prêtres à leur tour. A cette date, les jeunes aristocrates disposaient de précepteurs, même dans des petits châteaux. Au XIIe siècle, il était même considéré que mettre ses enfants au monastère à l’école externe était le gage d’une éducation digne d’un roi. Certains jeunes paysans chétifs ou maladifs étaient confiés aux monastères pour qu’ils y soient protégés. Ils y gagnaient une bonne éducation.
 

EDLN: A l’époque, on distinguait déjà le trivium et le quadrivium, mais peut-on parler de réels programmes scolaires? 

Danièle Alexandre-Bidon: Non, mais les livres scolaires de base sont les mêmes pour tous.

EDLN: Observe-t-on à cette époque une organisation de l’enseignement en classe d’âge, en cycle ?

Danièle Alexandre-Bidon: Non, tout le monde a accès à l’école, qui peut accueillir des petits de cinq ans comme des grands de 11 ans pour apprendre l’alphabet. Les pauvres « pour Dieu », c’est-à-dire gratuitement, les gens assez aisés moyennant un paiement. Parfois, le maître est engagé par la municipalité, qui le loge, le blanchit, le nourrit.

EDLN: Dans vos ouvrages, vous évoquez la place de l’alimentation dans les apprentissages. Les adultes faisaient-ils un lien entre la nourriture et la connaissance?

Danièle Alexandre-Bidon: Oui, ils inventent même des objets transitionnels comme des bols à bouillie abécédaires (voir ci-joint deux photos de bol abécédaire anglais du XIVe siècle), et quand ils font pour les tout-petits des lettres qui se mangent, c’est intentionnellement. Les pâtes alimentaires sont des lettres en pâte à gâteau. En Italie, on en faisait aussi, dans les milieux très aisés, en sucre filé. La première leçon d’un enfant juif à l’école consiste à lui faire manger un oeuf dur couvert d’écriture. Manger les lettres s’explique par le fait que, dans toutes les langues, du latin au vernaculaire, au Moyen Âge, nourrir signifie et manger et enseigner.

EDLN: Comment peut-on expliquer ce phénomène?

Danièle Alexandre-Bidon: Allégoriquement, la Grammaire est représentée comme une femme qui allaite des enfants. C’est une question de vocabulaire, avec le verbe nourrir qui a deux sens, alimenter et éduquer.

EDLN: Certaines pratiques médiévales semblent avoir inspiré les pédagogies alternatives d’aujourd’hui, en particulier l’aspect ludique et sensoriel de l’apprentissage. Confirmez-vous cette impression?

Danièle Alexandre-Bidon: Non, chaque période a redécouvert des techniques « alternatives ». L’époque Montessori ignorait tout de la pédagogie médiévale. Il y a juste une très grande attention, au Moyen Âge, à la psychologie de l’enfance. J’ai écrit un article sur ce point. Cette pédagogie concrète et poétique à la fois, est la règle depuis le haut Moyen Age. Elle est très imaginative et très ludique.

Pour aller plus loin: 

D. Alexandre-Bidon et M.-T. Lorcin, Système éducatif et cultures dans l’Occident médiéval, Paris-Gap, Ophrys, 1998.

D. Alexandre-Bidon, Marie-Madeleine Compère et alii, Le Patrimoine de l’Éducation nationale en France, Charenton-le-Pont, Flohic Éditions, 1998.

D. Alexandre-Bidon et P. Riché, L’Enfance au Moyen Âge, Paris, BN/Le Seuil, 1994.

D. Alexandre-Bidon et Jacques Berlioz (dir.), Les Croquemitaines. Faire peur et éduquer, n° spécial de la revue Le Monde alpin et rhodanien, 2-4, 1998.

Pour les enfants: 
D. Alexandre-Bidon, Les Écoliers au Moyen Âge, Paris, Éditions du Sorbier, 2001. Prix Fulbert de Chartres 2007.
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Merci de répondre à notre enquête sur « l’école à la maison »!

Cela fait des années que cela vous fascine, vous interroge, vous dérange… Peut-être que certains d’entre vous la pratiquent, de par les failles de notre « école inclusive »…  Voici le temps pour vous de tester la fameuse IEF, instruction en famille, ou même l’unschooling si vous faites fi des mails de maîtresse Caroline du petit et de la prof de math de l’aîné…

Nous vous remercions par avance de répondre à ce court questionnaire afin de mieux comprendre vos difficultés mais aussi les belles surprises que peut révéler cette période de confinement! Nous restons à votre disposition pour vos questions et demandes de documents pédagogiques. Bon courage à tous, prenez soin de vous!

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« Non, ce ne sont pas les différences qui créent l’échec scolaire »

Lors de la conférence nationale du handicap du 11 Février 2020, Le président Macron déclarait: “Il y a toutes les différences qui créent de l’échec scolaire si elles ne sont pas repérées, diagnostiquées accompagnés : les dyslexies, dyspraxies, (…) ces forfaits seront ouverts à tous les DYS”.

Comment vous expliquer, cher Président. Vous avez sans doute entendu parler, enfin, je l’espère du « modèle social du handicap »: la situation de handicap serait la résultante de l’interaction d’un individu avec un environnement particulier, inadapté. L’échec scolaire est une production sociale, au même titre que le handicap. C’est bien le système que vous laissez prospérer sous votre mandat qui produit, en masse, l’échec scolaire, et non les différences de nos enfants, qu’ils soient trop « différents » « dys » trop « Tdah », trop « autistes », trop « sourds » ou, comble institutionnel, trop « hauts potentiels ». Vous évoquiez, dans votre discours les « forces » et les « faiblesses » des personnes en situation de handicap, mais à quel moment l’institution dirigée par votre ministre Blanquer permet-elle à ces « forces » de s’exprimer?

Le système scolaire devrait, en tant que service public, s’adapter à la neurodiversité afin que chacun puisse s’épanouir et apprendre dans des conditions dignes. Le module « handicap » que vous proposez d’intégrer pour la formation des futurs enseignants devra comporter une vraie réflexion sur la posture de l’enseignant face à la diversité de ses élèves, et pas uniquement comporter quelques astuces pour gérer le situation de handicap en classe.  Pourquoi s’arrêter sur les mots, me direz-vous, alors que l’intention semble charitable? Justement, peut-être, parce que cette politique éducative adopte une posture à la fois ségrégative et charitable. Et parce que les mots sont importants. Tant que vous n’aurez pas compris et accepté l’égalité cognitive de tous les citoyens, l’inclusion restera une chimère.

 

 

 

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Les élèves du « Carré Libre » sommés par le rectorat de quitter leur école

Le triste feuilleton académique tenait en haleine le monde de l’éducation alternative. Cinq jours après leur troisième inspection annuelle, le rectorat a envoyé à une trentaine de familles des mises en demeure afin qu’ils inscrivent sous 15 jours leur enfant dans un nouvel établissement.

Une inspection fatale

Selon le rectorat, « Le Carré Libre » ne respectait pas les règles pédagogiques et son enseignement « ne permet pas d’acquérir à 16 ans les compétences du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. »  (Source: FR3 Régions). Seuls les enfants de plus de 16 ans, n’étant plus soumis à l’obligation d’instruction, ont échappé à ces mises en demeure.

Les apprentissages informels, terre inconnue pour l’Education Nationale

D’après la vidéo ci-dessous et les témoignages des familles, l’école démocratique est une école plus respecteuse des appétences naturelles des enfants que les écoles « ordinaires ».  Elle s’est avérée une alternative à des cursus parsemés de difficultés, de harcèlement, de phobie scolaire.

Il est désolant que les pédagogies  qui reposent sur la liberté et  l’apprentissage informel ne parviennent à convaincre l’institution. En effet, parce qu’elles permettent à l’enfant de s’épanouir en cohérence avec lui-même et son propre rythme, elles menacent le contrôle de l’Education Nationale sur l’organisation sociale,  sur l’avenir de nos enfants, ainsi que sur le processus d’uniformisation qui est, plus que jamais,  en marche.

Pendant ce temps, la violence psychologique et physique prospère.

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Parution de « La neurodiversité, plaidoyer pour la reconnaissance de la diversité humaine et pour son avenir »

Dans la lignée de l’ouvrage éponyme publié avec Josef Schovanec, Steve Silberman, Bianca Nugent ou encore Joël Monzee, Mélanie Ouimet a proposé à Charlotte Parzyjagla, Juliette Speranza et Hugo Horiot de participer à un nouvel opus, publié en exclusivité au Canada. Mais il est possible de le commander en France ici ! Pour ceux qui seront présents à la Fête de la neurodiversité, ils pourront se le faire dédicacer par les trois auteurs français!  Bonne lecture!!

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La neurodiversité c’est complexe ! Tant mieux ! 

Un lundi après-midi de mai, nous sommes assis dans le petit carré d’herbe de l’école, à l’ombre de deux arbres fruitiers. Ces 5 enfants aux profils cognitifs très divers, ce qui leur a valu un échec au test de QI, sont soudainement plus calmes et plus réceptifs qu’entre les quatre murs de la classe d’ULIS que je coordonne. Nous observons la nature, et débattons de la différence. Voici un pêle-mêle de leurs pensées :

« – C’est comme les fleurs, il y en a une qui est ouverte et pas l’autre. Et là il y a un arbre grand et un  petit, même les abeilles elles sont pas pareilles. 

-Les éclairs dans le ciel c’est pas les mêmes.

– Et il n’y a pas deux herbes pareilles quand tu regardes, tu vois elle, elle est presque jaune et elle elle est verte avec des trous.

-Les feuilles, t’as vu ? Elles se ressemblent mais en fait c’est pas les mêmes. 

-Oui mais deux voitures c’est pareil. 

– Même nos cahiers,  c’est pareil pour tout le monde le cahier de liaison.

– C’est des objets ça, c’est pas la nature ! C’est les usines qui fabriquent les objets toujours pareils. Les plantes c’est l’eau et le soleil, ben c’est la nature tu sais bien !

Moi : Et les êtres humains ?

– Les humains, c’est la nature.

– Oui ben les jumeaux c’est pareil comme K et L dans ma classe.

– Non c’est pas les mêmes, elles ont les mêmes habits mais c’est pas le même caractère.

– En plus elles bougent pas pareil, par exemple elles lèvent pas toutes les deux la main.

Moi : Et quand on apprend ? On est pareil ? 

– Ben , M. il a des problèmes avec les maths, ben moi j’ai des problèmes à lire.

– Nous on est des ULIS aussi, c’est pas pareil que les autres !

– Ben en ULIS, c’est quand t’as pas la même vitesse pour apprendre.

Moi : Dans le corps, qu’est ce qui nous permet d’apprendre ? 

– C’est dans la tête !

– Oui les yeux quand même, faut bien regarder ! 

– Non c’est le cerveau. Aussi tes mains sinon tu peux pas écrire.

– Ben toi maîtresse en ULIS tu nous aides avec notre cerveau parce qu’il est moins bien.

– moi : Non, c’est pas moins bien, c’est différent. »

La nature ne fabrique rien de  «pareil », mais les hommes eux fabriquent des objets en série. Tout est dit non ? Un beau tableau dans ce jardin, pour peindre ce qu’est la neurodiversité en s’appuyant sur la palette que nous offre la biodiversité. 

Pour sensibiliser les élèves à la neurodiversité, j’aime commencer par leur parler de cerveau, et donc d’eux mêmes. Parler de neurosciences aux enfants surprend parfois les collègues : 

« C’est compliqué, tu ne les prépares pas à la fac de médecine ». 

Non … ce n’est pas « compliqué » c’est « complexe».

La neurodiversité est une affaire de « complexité » au sens que lui donne Edgar Morin, sociologue et philosophe. Petit détour théorique : 

Edgar Morin nous invite à penser le monde de manière globale, il s’agit alors de prendre de la hauteur sur le système qui nous intéresse ici, la neurodiversité humaine.

Retenons d’abord qu’un système forme un TOUT composé de différentes PARTIES, différentes les unes des autres, mêmes quand elles se ressemblent. Comme ici : image 1 tout parties

Comprendre le tout  et/ou comprendre chaque partie ne suffit pas pour saisir la richesse de ce système. Il s’agit ensuite de comprendre que dans ce TOUT les PARTIES sont en interactions, sont reliées. 

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Cet ensemble d’interactions entre ces PARTIES produit quelque chose de nouveau qui sera projeté   sur l’environnement extérieur au système. 

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Le TOUT composé de PARTIES en interactions est alors relié au monde, et agit sur celui ci. Inversement le monde agit aussi sur ce tout, c’est la boucle récursive.

Je vous invite à lire Penser global ou plus encore, La méthode d’Edgar Morin pour approfondir ces concepts vulgarisés ici. 

Maintenant, osons un transfert avec la neurodiversité, le système éducatif, ce tout que forme l’école, vise l’inclusion de différents élèves aux profils cognitifs divers, mais aussi au développement divers, à l’histoire de vie diverse….Et ce après être passé par l’exclusion, la ségrégation, l’intégration. Mais l’inclusion est plus complexe que juste réunir dans un système des parties différentes.

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 Il est important de prendre en compte le fait que ces parties, si on laisse naître les interactions, communiquent entre elles, peuvent être complémentaires. Laissons vivre ce système neurodivers, nous observerons alors qu’il produira quelque chose de nouveau que chaque partie indépendamment des autres n’aurait pas été en mesure de produire. Pour simplifier, mélangez du bleu et du rouge, vous obtiendrez du violet ! Ni le bleu, ni le rouge ne contenait de violet. 

La nature fait cela déjà… Chacune de nos cellules est composée de différents éléments qui, en interagissant entre eux, permettent de faire naître la vie. Le cerveau n’est il pas composé lui même de différentes parties qui interagissent entre elles pour produire un effet sur le monde et inversement se saisit du monde par ses perceptions ? C’est cela l’intelligence humaine. 

Le cosmos n’était-il pas un de ces systèmes composés de différents éléments qui par leurs interactions ont fait naître notre planète ? 

C’est cela penser global.  

Saisir la complexité de la neurodiversité humaine, c’est peut être aussi se donner les chances d’une école du XXIème siècle plus créative, et alors d’une société qui sera en mesure de relever les nombreux défis auxquelles elle devra faire face. Il est nécessaire pour cela de regrouper dans un même système éducatif toutes ces formes d’intelligences. Nous ne pouvons juste viser l’inclusion, nous devons viser la complémentarité, la création, la complexité. Car, tout est différent dans la nature ! Ne devenons pas produits de nous mêmes comme ces voitures en série. 

Il est temps de changer de paradigme sur ce qu’est l’intelligence humaine. 

Perrine Sonneville.

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Claire Stride lance UskillZ, une application de coaching pour neuro-atypiques

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Claire Stride, l’inépuisable coach des atypiques

Claire STRIDE, auteure, conférencière, consultante spécialisée en neurosciences et neurodiversité, lance UskillZ, une application de coaching pour neuro-atypiques et hypersensibles.

Qu’est ce qui vous a poussé à vous intéresser à la Neurodiversité ?

Je sais que je suis dyslexique, dyscalculique, et HP depuis mes 6 ans. Au début, je savais que j’étais différente, mais on n’en parlait pas. Je me suis rendue compte qu’en adoptant les stratégies de détournement et de compensation j’ ai appris à m’aider et à aider les autres. Cette transformation, c’est surtout à une orthophoniste que je la dois. Elle m’a aidée à traduire mon langage et à me faire comprendre auprès des profs, elle a littéralement changé ma vie. 

Au collège, j’ai commencé à avoir de bonnes notes et à aider ceux qui avaient des difficultés. 

À 15 ans, j’ai commencé à donner des cours particuliers et à 20 ans j’ai commencé à enseigner à  des primo arrivants non francophones, j’ai trouvé que c’était comme travailler avec des dys!

Ensuite, lors de mon expérience d’enseignante, j’ai voulu défendre les jeunes de la neurodiversité et les sortir de la spirale de l’échec. En parallèle, je me suis formée à la formation pour adultes, aux pédagogies innovantes, aux neurosciences, et aux techniques de  communication non violente. 

Puis j’ai proposé des préparations aux concours. C’est par la pédagogie, la transmission de connaissance et le travail sur l’estime de soi que je suis arrivée à coacher. J’en suis venue naturellement au coaching familial. En général, ce sont les difficultés  scolaires qui alertent les parents. Mais malheureusement, j’ai pu constater lors de mon expérience que les élèves maltraités en tant que HP ou dys l’étaient toujours en entreprise!

Quelles sont les différentes actions que vous avez menées jusqu’alors?

J’ai pratiqué un enseignement individualisé et adapté dans un contexte scolaire et extra-scolaire. Puis je me suis lancée dans l’accompagnement gestion du stress et gestion des émotions, puis la neurodiversité est venue à moi car les personnes que je coache sont à 95 % neuro-atypiques. La première demande ne concernait pas forcément la neurodiversité. Les gens venaient me voir en dernier recours, et ensuite une belle relation se mettait en place. 

Je travaille actuellement avec des entreprises sur des actions de formation et de sensibilisation à la vigilance quant aux profils atypiques, sans stigmatisation. 

A quel moment avez-vous eu envie d’aller plus loin, de proposer des choses plus concrètes aux atypiques?

Anciennement chercheur ingénieur d’études en sources anciennes (doctorante en histoire médiévale), chargée de cours à l’université, j’ai explosé véritablement explosé dans le système académique. Coincée entre le dogme dans lequel j’enseignais et le dogme de mes études, j’ai craqué. A 32 ans, mon corps a dit « stop », je suis tombée malade, ce qui m’a mis face à la dissonance dans ma vie.

J’ai choisi d’être authentique, de créer ma chaine youtube et d’écrire des livres pour permettre aux gens de bénéficier d’un accompagnement correspondant à leur budget. J’ai donc publié Pleinement moi hypersensible différent et c’est cool! Et dédié ma chaine youtube à la neurodiversité. 

En quoi consiste votre nouveau projet, Uskillz?

Ce projet est une nouvelle façon de faire du coaching, de n’importe où. C’est une application qui  offre la possibilité d’interpeller des experts certifiés et d’obtenir une réponse personnalisée en vidéo ( 10 minutes maximum). L’idée est d’avoir, à terme, une plate forme internationale. L’application est en cours d’expérimentation et nous avons lancé une campagne financement. 

UnknownQuel est l’intérêt de créer une telle application de coaching?

Certaines de personnes, je pense en particulier aux autistes non verbaux, n’ont pas accès à des services d’accompagnement personnalisés. Cette application est là pour  faciliter leur accès au coaching et au soutien de professionnels. Nous sommes là pour favoriser le « déclic » qui permettra de passer à une nouvelle phase de leur vie. 

Nous envisageons une mise sur le marché au premier trimestre 2020. UskillZ sera pour la neurodiversité ce que meetic est aux amoureux timides!

 

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Et si la paresse n’existait pas?

Cela fait plusieurs années que cette idée m’obsède: et si la fainéantise n’existait pas? C’est un sujet qui a animé plusieurs débats avec mes proches, qui souvent, trouvent cette idée un peu trop naïve, trop humaniste. Pourtant, il me semble que ce mythe de la paresse vient d’une méconnaissance profonde de la diversité cognitive humaine, et ce, au profit d’un système inégalitaire. 

Lorsque je regarde autour de moi, quelles sont les personnes que j’ai pu voir qualifiées de fainéantes? Des enfants dyslexiques, des personnes extrêmement cultivées, passionnées, voire hyperactives, et, parfois malheureusement, des personnes dépressives. Ces personnes étaient jugées paresseuses à l’aune de leur incapacité à intégrer un environnement normalisé. C’est une profonde injustice.

Pour ma part, je suis convaincue que dans certaines de mes nombreuses expériences professionnelles, il m’est arrivée d’être qualifiée de « paresseuse », ce qui ferait bondir ceux qui me voient plutôt comme une « boulimique du travail ». Comment est-il possible d’être qualifié de stakhanoviste dans certains contextes, et fainéants dans d’autres? Je ne me rappelle pas n’avoir eu envie de ne rien faire, jamais, de ma vie. D’ailleurs, est ce que l’envie de ne rien faire, absolument rien existe, hormis en état de grave dépression?

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Ce dont je me rappelle, c’est d’avoir été tétanisée à l’idée de sortir de chez moi, de rester, la main accrochée à la poignée, plusieurs minutes, puis de renoncer pour me cacher au fond de mon appartement. Ce dont je me rappelle, c’est d’avoir été tellement stressée par les injonctions de mes supérieurs qu’il m’était impossible de remplir sans erreur un tableau qui leur semblait simplissime. Ce dont je me rappelle, c’est d’avoir eu une sorte de voile sur l’esprit qui m’empêchait de raisonner et de savoir exactement ce que l’on attendait de moi. Je me rappelle avoir eu peur d’un ordinateur et de la tache répétitive qui nous liait.

D’aucuns argueront que ces petites anxiétés sont inhérentes au monde du travail. Soit. Cela dit, peut on vraiment dire que cette peur, voire ce refus d’entrer dans un milieu scolaire ou professionnel hostile, s’apparente à la paresse, au « rien faire », à l’oisiveté? Au lycée, je ne faisais, selon mes professeurs; rien. J’écrivais, je dessinais des portraits, des bandes dessinées, ce n’était pas rien. J’avais tellement mal au ventre, j’étais si malheureuse d’être là qu’il m’était impossible de m’intéresser au contenu des cours auxquels j’assistais. Un jour, j’ai arrêté d’y aller. J’ai travaillé toute seule, de mon côté, et j’ai eu mon bac avec mention. Etais-je paresseuse?

Une peur de l’échec?

Ce que l’on appelle la paresse peut désigner l’anxiété, l’incompréhension (dans le cas de certains atypiques, certaines  consignes, attentes, sont difficiles à cerner)  mais aussi une peur de l’échec qui sclérose l’action : « la paresse n’est que la tranquille façade qui cache le tragique et l’absurde de ce qu’on croit perdu d’avance », écrit Francois Rivest, conseiller pédagogique dans un article sur devoir.com intitulé La paresse n’est qu’une illusion. En effet, explique François Rivest, l’humain ne s’engagera pas dans une tâche qu’il juge hors d’atteinte. J’ajouterais que certains individus ne supportent pas d’exécuter une tâche qui leur semble dépourvue de sens.

Bien entendu, ces craintes, ces angoisses, ces blocages, sont souvent rencontrés par les neurodivergents, qui s’éloignent peu ou prou des normes en vigueur à l’école et dans le monde professionnel. J’ai toujours eu le sentiment que la « paresse » était une manière détournée de faire culpabiliser ceux dont le fonctionnement était perçu comme le maillon faible d’une société normée, robotisée, productiviste. C’est à ceux-là qu’il incombe de faire l’effort de s’intégrer, de ressembler aux autres, de suivre le «programme commun ». Mais si chaque individu possédait la liberté de choisir sa façon d’apprendre et de travailler, on verrait assez rapidement, des autistes, des TDAH, des dys, des haut-potentiel, se passionner et se dépasser.

Sans oublier ces oisifs, célébrés par Stevenson dans « l’Apologie des oisifs »,  un livre que m’offrait il y a quelques années un ami peintre, qui sont davantage d’indispensables observateurs de la société que des parasites: « Aujourd’hui, chacun est contraint, sous peine d’être condamné par contumace pour lèse-respectabilité, d’exercer une profession lucrative, et d’y faire preuve d’un zèle proche de l’enthousiasme. La partie adverse se contente de vivre modestement, et préfère profiter du temps ainsi gagné pour observer les autres et prendre du bon temps, mais leurs protestations ont des accents de bravade et de gasconnade. Il ne devrait pourtant pas en être ainsi. Cette prétendue oisiveté, qui ne consiste pas à ne rien faire, mais à faire beaucoup de choses qui échappent aux dogmes de la classe dominante, a tout autant voix au chapitre que le travail. »

Kropotkine, la fabrique des paresseux

C’est dans « La Conquête du pain » de Kropotkine, géographe et théoricien de l’anarchie, que je trouvais une confirmation à mes intuitions. Au lieu d’édicter contre la paresse des lois stériles,  Kropotkine suggère de rendre l’école libre, et de prendre en compte les besoins du travailleur plutôt que de le contraindre à l’exercice d’une tâche inadaptée:

« Donnez à l’ouvrier qui ne peut s’astreindre à fabriquer une minuscule partie d’un article quelconque, qui étouffe auprès d’une petite machine à tarauder qu’il finit par haïr, donnez lui la possibilité de travailler la terre, d’abattre des arbres dans la forêt, de courir en mer contre la tempête, de sillonner l’espace sur la locomotive. Mais n’en faites pas un paresseux en le forçant, toute sa vie, à surveiller une petite machine à poinçonner la tête d’une vis ou à percer le trou d’une aiguille! » . L’auteur avait bien conscience qu’un environnement inadéquat peut anéantir les compétences d’un individu.

Mais il ne croyait pas, comme je n’y crois pas, à l’existence d’un individu « fainéant », « paresseux », sans volonté d’apprendre ou de réaliser quelque dessein, car ces élans vitaux sont le propre de l’homme. En revanche, que ces élans ne soient pas orientés vers les apprentissages ou les tâches sélectionnées par l’institution ou des supérieurs hiérarchiques est un autre débat. « Supprimez seulement les causes qui font les paresseux, et croyez qu’il ne restera guère d’individus laissant réellement le travail, et surtout le travail volontaire, que nul besoin ne sera d’un arsenal de lois pour statuer sur leur compte ». Quant à ceux qui considèrent, comme Paul Lafargue, que consacrer des journées entières à produire pour autrui des biens ou des services, comme « la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique », et qui préfèrent cultiver leur potager ou lire, peut on vraiment les blâmer?

Finalement, dans une culture inégalitaire où, à l’instar de l’otium qui était réservé aux propriétaires terriens, la réflexion et la contemplation sont réservés aux bien-nés, les autres étant vite suspectés de vivre des aides sociales sitôt qu’ils empruntent un chemin atypique, le concept de paresse devient un outil de culpabilisation pour le sytème capitaliste et normatif, qui a tout intérêt à ce que les citoyens de base restent besogneux et « normaux ».

Juliette Speranza