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Béatrice Sauvageot, pasionaria des troubles dys, sort une application dédiée aux troubles de l’apprentissage

On ne présente plus Béatrice Sauvageot dans le monde de la dyslexie. Orthophoniste, musicienne, co-fondatrice de l’association « Puissance dys », auteure de « Vive la dyslexie » et de « La dyslexie, c’est fini », Béatrice Sauvageot propose depuis 22 ans une méthode pour rééduquer les dyslexiques, notamment grâce   à l’expression artistique et au jeu. Entourée d’un groupe de recherche, elle a mis au point l’application « Dysplay », un outil pour « démocratiser le repérage et la rééducation de tous les troubles de l’apprentissage ».

 

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Béatrice Sauvageot, une carrière dédiée à la dyslexie

Béatrice Sauvageot n’est pas dyslexique. Pourtant, elle n’a pas attendu la fin de ses études pour se passionner pour ces profils atypiques. C’est lors d’un stage qu’elle découvre « le traitement horrible » réservé aux élèves dyslexiques et s’empare de cette nouvelle cause: « J’ai eu le sentiment qu’on maltraitait les élèves. Et puis je me suis demandé: pourquoi on n’aide pas les adultes aussi? ».

Déterminée à comprendre et à jouer un rôle face à la dyslexie, elle se forme aux neurosciences et fonde avec Jean Métellus l’association ‘’Puissance dys ».  Elle élabore sa propre méthode qu’elle met en oeuvre dans  un centre pédagogique et thérapeutique, une méthode aujourd’hui utilisée dans 24 pays.

Son objectif? Eradiquer la dyslexie. Ou du moins, le terme de dyslexie, intrinsèquement négatif. « Autrefois, être gaucher était perçu comme un dysfonctionnement. Pour la dyslexie, c’est pareil: ce n’est pas un dysfonctionnement, c’est un fonctionnement différent », nous a confié Béatrice Sauvageot. La dyslexie n’est donc pas une déficience, loin s’en faut: «Depuis une dizaine d’années, nous avons découvert des perceptions visuelles des lettres et des mots chez les dyslexiques et les dysorthographiques. Les zones utilisées pour déchiffrer ne sont pas les mêmes que les nôtres, elles passent par 3 analyses simultanées des lettres. Si on analyse les rythmes d’association des groupes de graphèmes, nous percevons que les dys déchiffrent de la même façon qu’un musicien devant une partition : il a besoin de la contre forme, de la complémentarité et d’indications diverses de couleurs, de pleins et de vides afin d’accéder à une lecture fluide, le déchiffrage est son ennemi. »

Elle propose alors une nouvelle appellation pour parler de dyslexie: l’ambilexie. En effet, les ambilexes doivent apprendre la lecture officielle comme une langue étrangère, une langue qui ne possède ni la même logique, ni la même structure que la leur. Pour ce faire, Béatrice Sauvageot et son équipe ont  mis au point une méthode ludique et artistique,  mobilisant le schéma corporel, la musique, la danse, ou encore le rire, qu’elle propose à son cabinet libéral, mais aussi en milieu scolaire, carcéral, hospitalier ou universitaire.

Si l’on parle de « méthode Sauvageot », celle qui lui a donné son nom ne propose pas de méthode figée : « Il faut créer une méthode par individu, on est un peu le Bricorama des enseignants, des parents, de profs »s’amuse-t-elle. C’est sans doute ce regard alerte et cette inventivité qui en ont fait une professionnelle incontournable de la rééducation des « troubles dys », et lui ont valu un prix de la fondation de France en 1992.

DYSPLAY,  l’application pour repérer et rééduquer la dyslexie

C’est dans une perspective de « démocratisation du repérage et de rééducation de tous les troubles de l’apprentissages »qu’elle et son équipe ont mis au point, avec le soutien du groupe de protection sociale Malakoff Médéric, l’application « Dysplay », disponible sur Google play, et prochainement sur l’Apple Store.

Elaborée avec le concours d’enfants, de parents, d’enseignants et de professionnels, cette application qui peut être utilisée dès la maternelle veut faciliter le repérage et la rééducation de tous les troubles de l’apprentissage, qui concerneraient 24 % de la population mondiale.

Reconnue par le journal international de médecine et la MDPH, l’application Dysplay Repérage, gratuite, permettrait de poser un diagnostic en moins d’une heure. Elle consiste, pour les enfants, en une série de 112 questions, de 133 questions pour les adolescents et de 162 questions pour les adultes ainsi que des tests de lecture à partir de la police bilexique.

L’étape suivante, en cas de diagnostic de troubles, c’est Dysplay Rééducation. Une application, cette fois-ci payante, fidèle à  l’esprit ludique et artistique de la méthode Sauvageot, constituée de jeux-exercices et d’une progression par paliers. Béatrice Sauvageot y propose aussi des « audiocaments » pour stimuler la plasticité cérébrale et les sens.

La thérapie par le son, notre orthophoniste touche à tout y avait déjà eu recours en créant l’application « Résonnances » avec la complicité des musiciens Solrey et Desplat, un outil d’hyper-stimulation du cerveau qui optimise « la concentration, l’attention, les mémoires, le contrôle et l’estime de soi », en procurant une  « sensation durable de bien-être et de réussite ». Autant de sources d’inspiration pour les thérapeutes qui parviendront, espérons dans un futur proche, à éradiquer incompréhensions et discriminations dont sont trop souvent victimes nos petits atypiques.

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L’ITALIE, PIONIERE DE LA DESINSTITUTIONNALISATION

La vigilance quant à la ségrégation des personnes en situation de handicap est une préoccupation majeure en Italie. 

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Au début des années 70, l’Italie connait un important mouvement de désinstitutionnalisation, largement impulsé par le professeur Bastaglia de Trieste, figure de proue du mouvement anti-psychiatrique. Un raz-de-marée qui  aboutit à l’adoption de la loi 180 du 13 mai 1978, qui prévoit la fermeture de tous les hôpitaux psychiatriques. Au delà de la législation, c’est un véritablement renouvellement idéologique qui est enclenché: l’individu en situation de handicap n’est plus considéré au regard de ses carences, mais l’on fait prévaloir ses ressources et ses compétences sociales:  « Les personnes ne doivent plus être considérées comme des usagers passifs bénéficiaires de services sanitaires et sociaux, mais comme des individus actifs, membres de leur communauté, titulaires de droits et participant à la définition des conditions de leur prise en charge ».

Le mouvement conduit à l’adoption de la loi 517 de 1977 qui impose dans les faits l’intégration scolaire, et, par conséquent, la fermeture des classes différenciées et des écoles spécialisées. Les professionnels interviendront donc en tant qu’enseignants spécialisés en soutien au milieu ordinaire. Depuis 1987, le droit à l’intégration pour chaque enfant est reconnu de la crèche jusqu’au lycée. L’implication des établissements et des collectivités dans le processus d’intégration des élèves en situation de handicap est aussi un facteur de réussite majeur.

Cette desinstitutionnalisation va concerner la sphère scolaire, mais va aussi entrainer le déclin des formes ségrégatives de travail protégé, jugées trop « occupationnelles », ne conférant ni relations de travail ni rémunération (elles seront remplacées par d’autres structures plus inclusives comme les « coopératives sociales »). L’Etat substitue aux grandes institutions des formules de maintien à domicile, mais aussi des  « communautés de logement », « maisons familiales », services résidentiels, permanents ou temporaires, intégrés dans les centres habités.

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Source: LA COMPENSATION DU HANDICAP EN ITALIE, rapport n° 2003 056 présenté par M. Patrick SEGAL, en collaboration avec M. Gautier MAIGNE, membres de l’Inspection générale des affaires sociales.

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Ecole inclusive: Ce que nous apprend l’Italie (Entretien avec Olivier Paolini)

Enseignant spécialisé, président de l’Inclusion En Marche, spécialiste des questions liées à l’enseignement spécialisé, Olivier Paolini participe à un programme d’observation des pratiques éducatives. Nous l’avons interrogé à son retour d’Italie, un pays où scolarisation rime avec intégration sociale, où professionnels et familles ont pris en considération la nocivité de la ségrégation des personnes en situation de handicap.

FOCUS: L’Italie, pionnière de la desinstitutionnalisation

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EDLN: Olivier Paolini, depuis combien de temps enseignez-vous auprès d’élèves en situation de handicap? 

J’ai presque toujours travaillé dans l’enseignement spécialisé. J’ai travaillé en CLIS  pendant 3 ans, et j’ai ensuite demandé à exercer en IME car j’avais vraiment envie de savoir ce qu’était enseigner face à un public d’élèves en situation de handicap. Je travaille donc depuis 15 ans avec un public d’enfants autistes, polyhandicapés, déficients…

EDLN: Avez-vous rencontré des difficultés particulières au cours de votre carrière? 

Au sein de l’IME, nous ne sommes que 2 enseignants pour 75 enfants! Parmi ceux-ci,  tous ne sont pas scolarisés, et ceux qui le sont ne le sont pas encore assez. Nous nous efforçons d’améliorer la situation de ces enfants, mais les choses évoluent peu.

Ce qui est choquant, c’est que le système est cloisonné, les enfants qui entrent dans ces établissements à 5 ans et en sortent à 20 ans. Celui qui n’est pas dans la norme est exclu du groupe. Pourtant, les familles et les enseignants se mobilisent, et la loi est de leur côté.  C’est un combat difficile que d’essayer de leur offrir d’autres perspectives.

J’essaie de montrer à quel point l’inclusion est importante et de mettre en place des dispositifs de « scolarisation partagée », j’arrive à le mettre en place pour 5 ou 6 élèves par an, c’est trop peu,  mais les contraintes administratives et logistiques sont très lourdes.

EDLN: C’est ce constat qui a motivé votre engagement politique et associatif?

Tout à fait. Je suis devenu président de l’OCCE de l’Aude, au sein duquel j’impulse des projets pédagogiques visant à l’inclusion au sein d’un chantier de réflexion national. Au sein de ce chantier, « handicap, inclusion et coopération », nous avons également coordonné le numéro de mai 2018 de la revue A et E  « Coopérer et inclure ».

Me reconnaissant dans les propositions d’Emmanuel Macron en matière d’inclusion, j’ai de ce fait prolongé mon combat en politique  au sein de L’Inclusion En Marche!. La société doit évoluer, l’Etat devrait prendre davantage en charge les élèves en situation de handicap. Pour l’anecdote, mes élèves ne sont même pas inscrits sur les listes de l’Education Nationale. Choisir la politique pour militer en faveur de la justice pour les personnes atteintes de handicap m’a semblé évident.

EDLN: Vous avez observé le système éducatif en Italie, avez-vous constaté des différences concernant la pédagogie inclusive?

Je suis allé en Italie dans le cadre du projet Erasmus: « cap sur l’école inclusive en Europe». Sur 3 années, 30 enseignants de 7 pays européens sont chargés d’observer les systèmes éducatifs et créer des modules de formation à destination des enseignants ordinaires qui aboutiront en 2019.

En Italie, c’est toute la philosophie pédagogique qui est différente.  Les ULIS, les IME n’existent pas. Tous les élèves sont dans les classes ordinaires, y compris autistes dits «sévères ». En revanche, l’accompagnement de ces élèves est plus fort: dès lors qu’il y a un élève atypique dans la classe, on y affecte un enseignant de soutien. Si l’élève est porteur d’un handicap « lourd », un éducateur vient soutenir l’enseignant. Des dispositifs innovants sont aussi proposés, comme par exemple cette école maternelle d’avant-garde qui proposait un travail en open space, sans classe.

Accueillir les élèves en situation de handicap est une évidence. D’ailleurs, les enseignants italiens sont stupéfaits de l’exclusion des élèves handicapés qui a lieu chez nous.

EDLN: Quelles inspirations pédagogiques pourraient être utiles aux élèves et aux enseignants français?

On peut aussi considérer 4 point essentiels de l’école inclusive:

  • L’aménagement espace et du temps: des espaces de travail en particulier pour les élèves handicapés: espaces clairs et   fonctionnels, pictogrammes,  structuration du temps.
  • Un regard positif sur les élèves: bien souvent, en France, on se focalise sur ce que l’élève ne sait pas faire. En Italie, les enfants sont valorisés dès tout petits, quelles que soient leurs différences. Si on encourage l’enfant dès le plus jeune âge en valorisant ses compétences, on encourage une meilleure estime de soi, un climat favorable aux apprentissages. Le regard de l’adulte sur l’enfant est primordial.
  • La didactique inclusive: les supports, manuels sont pensés d’une manière inclusive. Là bas, pour la même leçon, il y aura des supports différents adaptés aux différentes difficultés. Aussi, quelque soit son handicap, l’enfant parvient rapidement à faire son travail. En Italie, l’enseignement est à la base inclusif, tandis que chez nous on pratique a posteriori des aménagements de différentiation.
  • Le travail en équipe des adultes : les enseignants travaillent ensemble programment ensemble les activités, ils sont apaisés dans leurs préparations.

(NDLR: les effectifs sont aussi à prendre en compte:  Selon l’OCDE, l’Italie compte en moyenne un enseignant pour 12 élèves en 2015, contre 1 pour 19 en France!)

EDLN: Les résultats sont-ils probants?

Oui, je suis convaincu que  l’inclusion est bénéfique aux élèves en situation de handicap. Par exemple, j’ai pu constater par moi-même qu’il y avait chez les autistes comme chez tous les enfants des phénomènes d’imitation: si un enfant se tape la tête contre les murs, d’autres vont l’imiter. En Italie, on constate qu’un enfant autiste imitera les bons comportements.

Mais l’inclusion  est aussi complètement bénéfique pour les autres. Par exemple, cela leur permet d’apprendre l’empathie, cela  les responsabilise. Quand les élèves ont un problème à régler entre eux, ils ne vont pas se plaindre à l’enseignant, ils s’auto-régulent.

EDLN: Comment financer cette pédagogie plus inclusive?

L’éducation se fait par l’Education Nationale. Les fonds auparavant alloués aux associations gestionnaires ont été transférés à l’Education Nationale, ce qui a permis de financer le recrutement d’enseignants spécialisés.

EDLN: En France, nous mettons en place des processus de différentiation, quels éléments rendent l’enseignement transalpin plus « inclusif »   ? 

En France, nous proposons un enseignement identique pour tous et faisons de la différenciation pédagogique à la marge. L’adaptation individuelle et quotidienne des supports représente une charge de travail trop importante pour les enseignants. La différence, c’est que les enseignants italiens pensent l’enseignement d’une manière inclusive en amont de toute proposition d’apprentissage.

 

Juliette SPERANZA- L’école de la Neurodiversité- Avril 2018

 

Pour aller plus loin: 

http://www.ecoleinclusiveeurope.eu/fr

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/044000135.pdf

http://www.ciep.fr/sites/default/files/migration/dossierdoc/docs/synthese-documentaire-scolarisation-eleves-situation-handicap-en-europe.pdf

 

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Comment pensent les anti-conformistes?(the conversation)

Amandine Bery, Biologiste, post doctorante en neurosciences, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), vient de poster un article passionnant sur le site  The conversation.

Extrait:

« Que se passe-t-il dans le cerveau d’un homme qui choisit de s’affranchir de l’opinion commune ? Les neurosciences s’intéressent depuis de nombreuses années aux personnalités anticonformistes. L’enjeu est important, car ces individus permettent de faire évoluer la société et avancer la science.

Parmi les chercheurs, ils sont peu nombreux à remettre en cause les dogmes et à prendre le risque d’être attaqués, voire marginalisés par leurs pairs. L’histoire est riche, pourtant, de ces scientifiques qui, comme Albert Einstein ou Marie Curie, sont sortis des clous et ont révolutionné leur discipline.

La sélection naturelle semble privilégier le conformisme chez les individus. En même temps, l’évolution préserve une minorité aux idées hors normes, dont la créativité pourrait bien conditionner, ni plus ni moins, la survie de l’espèce. Le mathématicien Cédric Villani et l’ingénieure Thanh Nghiem appellent à valoriser ces individus atypiques. Ils estiment que ceux qu’ils ont rebaptisés les « crapauds fous » sont les plus à même d’inventer de nouveaux modèles dans un monde secoué par le changement climatique, le bouleversement numérique et le terrorisme. »

Lire l’intégralité de l’article

 

 

Statue de bronze d’Albert Einstein dans le parc de l’académie des sciences, à Washington. Robert Lyle Bolton/Flicr, CC BY