école inclusive, tdah

La médicamentation des TDAH est elle dangereuse ?

3 à 5 % des enfants sont atteints de TDAH (Troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité). Entre méfiance à l’égard des psychostimulants et urgence d’apaiser les symptômes, les parents sont soumis à un véritable dilemme. 

th

Mathis a 5 ans. A la maison, il fait du bruit, il s’agite, il s’énerve. Il court, toujours, partout.  En classe, c’est pareil. Sauf que, bien sûr, c’est plus compliqué à gérer à l’école. Il ne peut pas rester assis, même le temps d’une histoire, et même si celle-ci captive ses camarades. Il attrape tout ce qu’il peut, ne comprend aucune consigne , oublie ce qu’il doit faire, ne s’intéresse en rien à ce qu’il se passe en classe, invente tous les jours une nouvelle manière de heurter ses camarades.

5 ans. Juste un enfant.  Certes, très dur à gérer pour ses parents, cauchemar des enseignants, mais un enfant. Son enseignante, désemparée, a demandé aux parents de consulter. Le test de Conners, puis plusieurs consultations… Le diagnostic est tombé comme un couperet: « votre fils présente très certainement un TDAH ». Pour rappel, le diagnostic du TDAH se fait avec prudence avant l’âge de 5-6 ans. Et puis, psychologue  et enseignante en viennent rapidement à parler de traitement médicamenteux: « « il va falloir un traitement, ça ne va pas être possible autrement », nous a annoncé la maitresse. J’étais consternée. On voulait assommer mon petit garçon de 5 ans… » » raconte Eliane, maman de Mathis.

 Le TDAH concernerait 3% à 5%  des enfants en âge scolaire (Lecendreux, Konofal, & Faraone, 2011). Chez l’enfant, le TDAH se manifeste par une hyperactivité motrice, problématique socialement, à l’école et en famille. Ces enfants sont souvent bruyants, et ressentent le besoin irrépressible de tout toucher. Impulsivité, variation d’humeur et inattention sont également des symptômes du TDAH: « il nous fait sans cesse des crises, il nous épuise. Il est en roue libre, et ça ronge la vie de la famille ». Des effets incontrôlables qui ont en réalité une cause physiologique, un dysfonctionnement des neurones dopaminergiques (la dopamine est  un neurotransmetteur impliqué notamment dans la motivation de l’individu).

role-dopamine.jpg
schéma illustrant le rôle de la dopamine dans le cerveau (issu du site dopamine.fr.

Que faire alors, dans un cas comme celui de Mathis? La prescription de psychostimulants pour les cas de TDAH est sujet à controverse. En effet, le nombre de boites de Ritaline vendues est passé de 26 000 en 1996 à 730 000 en 2016.

Les plus prudents s’attardent sur ses effets indésirables: maux de têtes, palpitations, paranoïa, dépression, agressivité, tics verbaux… Selon le site prescrire, le Méthylphénidate (en particulier la Ritaline) est aussi accusé de faire preuve d’une faible efficacité (« une dizaine d’essais cliniques en  ont attesté récemment » argue-t-il) et d’exposer le jeune patient à de graves effets indésirables tels que des conséquences cardiovasculaires et neuropsychiques. Alice, professeur des écoles, s’inquiète de la surmédicalisation de certains comportements: « cela me désole que l’on propose à l’un de mes élèves une médicamentation alors qu’il n’a pas été attesté qu’il s’agisse de troubles neurologiques. Cet enfant a une vie catastrophique, pas de père, peut-être faudrait il commencer pas là, non? »

Le méthylphénidate, diabolisé ?

L’Agence Nationale du Médicament, quant à elle déplore, dans son dernier rapport sur les données d’utilisation et de sécurité d’emploi en France du méthylphénidate  en avril 2017 que seulement 40000 enfants soient traités en France tandis que «le nombre d’enfants souffrant de TDAH en France métropolitaine serait compris entre 190.000 et 480.000 ».

Entre ces instances qui prônent l’indispensabilité du méthylphénidate  et celles qui conseillent de s’orienter en premier lieu vers les thérapies cognitivo-comportementales, difficile de se faire une idée. Un dilemme qui ne fait qu’accroitre l’angoisse d’Eliane: «Soit on accepte le traitement, et l’on ne sait pas bien ce que ça donnera en terme d’effets secondaires, soit on refuse et on risque de l’exposer à des punitions et des reproches qui abiment l’estime qu’il a de lui-même, et de le priver des apprentissages de l’école. »

P.S.