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Qu’est ce que… la dyspraxie?

vidéo: Adrien Honnons, avec le soutien de la revue ANAE. 

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Laisse moi t’expliquer… La dyspraxie, par Julie Philippon

Peut-être avec vous déjà rencontré ces enfants « maladroits », « peu appliqués », ou encore « pas sportifs »? Certains sont incapables de manger proprement, se perdent ou n’aiment pas les puzzles… En réalité, il s’agit d’un trouble développemental de la coordination motrice, un dysfonctionnement de la praxie (le geste)  qui perturbe les tâches quotidiennes et les performances scolaires de l’enfant. Selon le haut comité de santé publique,  5 à 7% des enfants de 5 à 11 ans sont concernés par la dyspraxie, sachant que le trouble dyspraxique le plus fréquent est la dyspraxie visuo-spatiale (DVS).

 

Ce trouble peut entraîner:

  • une mauvaise appréhension de son corps (maladresse, difficultés en sport)
  • une dysgraphie
  • un retard des acquisitions motrices
  • Des problèmes de lecture
  • des difficultés en mathématiques: géométrie et numération

Le site dis-positif recense différents types de dyspraxie:

  • dyspraxie visuo-spatiale: trouble de l’articulation et de la structuration spatiale (difficulté à reproduire un dessin).
  • dyspraxie constructive non visuo-spatiale: l’enfant a des difficultés dans les activités d’assemblage ou de construction.
  • dyspraxie de l’habillage: l’enfant a des difficultés à s’habiller seul (boutons, lacets, fermeture éclair…).
  • dyspraxie idéatoire: trouble de la manipulation d’objets ou d’outils, c’est la succession chronologique pour réaliser un geste qui est altérée.
  • dyspraxie idéomotrice: troubles des gestes symboliques (sans objets à manipuler) comme mimer avec les doigts les comptines.

De nombreux aménagements sont envisageables, je vous invite à consulter à nouveau le site dis-positif  qui en propose une liste intéressante, ainsi que de nombreuses ressources pédagogiques. Mais bien sûr, afin de s’y adapter, il faut comprendre ce trouble. Il faut bien avoir à l’esprit qu’il s’agit d’un trouble d’acquisition et de coordination de gestes  qui semblent anodins, voire élémentaires, au reste de la population qui les a, lui, automatisés.

EDLN- JS- Mars 2018

 

Pour aller plus loin: 

 

https://www.cairn.info/revue-contraste-2008-1-page-321.htm

https://www.cartablefantastique.fr/la-dyspraxie/quest-ce-que-la-dyspraxie/dyspraxie-numeration-et-operations/

association DFD 

association DMF

 

douance

Rencontre avec Charlotte Parzyjagla, auteure de « Les enfants surdoués »

À l’occasion de la sortie récente de son livre « Les enfants surdoués » chez Ellipses, nous avons rencontré Charlotte Parzyjagla, psychothérapeute spécialisée dans le haut potentiel. 

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EDLN: Charlotte Parzyjagla, qu’est ce qui caractérise les enfants à haut-potentiel ? Les test de QI ? Des traits particuliers?

Certaines caractéristiques de personnalité reviennent souvent : hypersensibilité, sens de la justice, empathie, etc. La liste est longue, mais elle ne permet pas de les distinguer tous. On peut avoir toutes ces caractéristiques et ne pas être surdoué et être surdoué et ne pas les avoir toutes.

Le test de QI est un élément essentiel, mais non-central. Cela veut dire que sans passer un test, on ne peut parler de douance, mais un test reste un instrument de mesure standardisé et il demande de la pratique pour être judicieusement analysé. Il est préconisé d’observer différents éléments si on s’interroge sur un surdon eventuel:

Y’a-t-il des questionnements importants et qui dénotent de domaines d’intérêt différents de ceux des autres enfants : astronomie, origine du monde, création de l’univers ? Des questionnements métaphysiques précoces sur la mort, le temps, la liberté, l’espace, etc ?

D’observer la richesse et la subtilité du vocabulaire. De repérer un avance éventuelle du développement : l’âge de la marche, de la parole, etc.

EDLN: Vous relativisez la tendance à la « pathologisation » de la douance, comment expliquez vous ce phénomène? 

Ce phénomène est inversement proportionnel à la « mystification » qu’on en a fait par le passé. La réalité est entre les deux. Le HP est une chance, mais peut aussi impliquer des complications.

Le HP n’est pas en soi une source de souffrance, de trouble du comportement, de malheur ou d’échec scolaire. Il n’implique pas davantage la dépression, le suicide, etc. Les études sérieuses (qui sont réalisées sur l’ensemble de la population et pas seulement sur des HP qui consultent) sur le sujet n’ont rien mis en avant de ce côté.

Par exemple, lorsqu’il y a échec scolaire, c’est souvent à cause de l’inaptitude du système scolaire à répondre aux besoins de stimulation de ces enfants ; pas parce que le fait de disposer d’un HP prédispose à l’échec scolaire.

• Les enfants HP aiment suivre par exemple le déroulement de leur curiosité, pour que ce qu’ils étudient « fasse sens », donc suivre un programme imposé peut leur être préjudiciable

• Les enfants HP n’aiment souvent pas les répétitions. Pour les autres enfants, les répétitions sont favorables à l’ancrage dans la mémoire, pour un HP qui a une bonne mémoire, c’est source de désintérêt et il risque de se déconcentrer du cours, donc de perdre le fil

•  Ils n’aiment pas beaucoup apprendre par cœur, car ça n’a pas grand sens

• Ils n’aiment pas suivre des méthodologies, mais fonctionner à leur façon. Suivre une méthodologie, c’est comme tricher ! Ils peuvent se mettre en échec n’en ayant pas eu besoin jusqu’en 4 ème, parce qu’elles deviennent ensuite essentielles.

• L’accélération du programme souvent proposé dans les écoles spécialisées pour surdoués ne correspond pas à tous les surdoués, de nombreux ayant besoin d’approfondir, plutôt que voir plein de choses différentes.

EDLN: Est-ce réellement une souffrance d’être surdoué? La vie est-elle réellement plus difficile?

Lorsque le HP n’a pas été détecté dans l’enfance, que les parents ou le système scolaire, ou l’enfant, n’ont pris conscience de ce que cela impliquait, ça peut donner, à l’âge adulte des difficultés de toutes sortes. Mais rien n’est obligatoire. De nombreux surdoués vivent bien leur douance, parfois même en l’ignorant.

Le cœur du problème, c’est le décalage que le HP crée avec les autres enfants. Ce décalage est insidieux, car il ne se voit pas forcément. Et l’enfant qui ne comprend pas la raison de cette différence, l’assimilera à un problème chez lui et peut développer un sentiment d’incompétence, de bizarrerie. Tenter de se sur-adapter et renoncer à sa personnalité, etc.

L’enfant, s’il ne trouve pas dans son environnement des modèles d’individus qui lui ressemblent, auxquels s’identifier, peut avoir une construction bancale et source de souffrance, de fragilité narcissique. Les HP peuvent subir du harcèlement scolaire, car les autres sentent qu’ils sont différents et ça peut générer une hostilité, en partie inconsciente.

Le haut potentiel peut générer une hypersensibilité qui, si elle n’est pas canalisée, peut être source de souffrance, à l’inverse, quand elle est maitrisée, c’est une source d’intensité. Ils vivront avec passion et enthousiasme. Mais être haut potentiel ne prédispose pas à la souffrance. Ça potentialise des éléments du caractère. Si un enfant a une tendance dépressive, s’il est HP, sa dépression sera sans doute plus profonde.

EDLN: Est-ce, de votre point de vue, plus compliqué de s’adapter pour un profil complexe que pour un profil laminaire?

Avoir un profil hétérogène est plus compliqué que l’on soit haut potentiel ou non, car cela signifie qu’il y a des compétences inégales dans différents domaines et/ou qu’il y a un trouble sous-jacent.

Dans le cas d’un trouble sous-jacent, il y forcément certaines difficultés. Ces difficultés n’impliquent pas nécessairement des problèmes d’adaptation. Ça peut impliquer un manque de confiance en ses capacités, car à certains moments, les choses paraissent faciles, à d’autres, il faut fournir un effort de compréhension.

Mais quand on a un profil haut potentiel hétérogène, on a normalement, malgré l’hétérogénéité, des aptitudes permettant une bonne adaptation au système scolaire.

Les neurosciences commencent à peine à dégager des différences de fonctionnement entre ces deux profils et rien pour l’instant ne montre de lien entre difficultés d’adaptation et profil hétérogène.

EDLN: Y-a-t-il beaucoup d’idées reçues, de mythes à propos des surdoués?

Oui et il y en a de plus en plus. Surdoué = dépression, souffrance, échec amoureux, vie sentimentale et professionnelle future chaotique, rencontre de PN, anxiété, etc. Les enfants qui s’ennuient en classe sont surdoués, les enfants surdoués sont mal éduqués, les enfants surdoués sont autistes, les enfants surdoués n’existent pas, etc.

La désinformation, « déformation » est partout. Ça prend de l’ampleur avec internet et la culture facile. On voit émerger des concepts qui n’existent pas dans la psychologie, comme celle de « haut potentiel émotionnel ». Ça touche même des « psys » qui posent des   « diagnostics » de ce genre à des patients, alors qu’on ne dispose pas à l’heure actuelle de test valable pour mesurer le potentiel émotionnel. Le mythe sous-jacent, c’est que haut potentiel intellectuel = haut potentiel émotionnel. Des patients viennent ensuite passer des tests parce qu’ils se pensent surdoués. L’hyper émotivité peut être la résultante de tas de facteurs : le caractère, le vécu, une pathologie psychiatrique, etc.

EDLN: Le refus de s’habiller, de faire ses devoirs, des tâches absurdes ou répétitives, est ce de l’ordre du caprice?

Non, la plupart du temps. D’où la nécessité de bien comprendre comment fonctionnent les surdoués. Il y a beaucoup d’enfants qui n’apprécient pas les tâches répétitives, mais les exécutent quand même. Pour le surdoué, le monde est un passionnant et vaste terrain d’exploration et perdre du temps dans certaines tâche routinières peut se révéler être profondément mortifère. Il faut se dire aussi que le surdoué, comparativement aux autres enfants, refrène sans doute davantage toute la journée ses enthousiasmes. Il doit, par exemple, refouler toutes les questions qui lui viennent à l’esprit quand un prof parle en classe, canaliser sa grande énergie et supporter que les choses n’aillent pas assez vite. Quand le soir vient et apporte une nouvelle contrainte, les devoirs, ça peut être la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

S’habiller, par exemple, demande une certaine énergie qui ne sera plus disponible pour faire autre chose de beaucoup plus intéressant. Leurs cerveaux ont besoin de beaucoup de nourriture. Bien sûr, affronter l’ennui est essentiel pour appréhender son désir, mais trop d’ennui éteint le désir. Les surdoués étant forcément plus confrontés à l’ennui du fait de leur rapidité de compréhension, il faut veiller à ce qu’ils ne s’ennuient pas trop.

EDLN: Dans votre ouvrage, vous déplorez le procès de « désorganisation » intenté aux élèves à haut potentiel, et prétendez que la pensée en arborescence est structurée, pouvez-vous nous en dire un peu plus?

On dit souvent que les surdoués ne savent pas bien structurer leur pensée quand il faut
la canaliser dans un plan en trois parties par exemple. La raison ne tient pas d’une difficulté à organiser son esprit, mais:

• D’une difficulté à faire rentrer toutes ses idées dans un devoir restreint en nombre de pages,

• Ou de la difficulté à argumenter une antithèse qui contredirait la thèse initiale. Les enfants qui ne sont pas surdoués ont besoin de suivre une procédure rigoureuse de démonstration avant d’arriver à affirmer un point de vue, l’enfant surdoué sait bien ce qu’il veut défendre avant de rédiger le début de son devoir,

• Et puis, ils peuvent avoir du mal à synthétiser leur pensée, car pour eux, chaque détail (c’est-à-dire chaque idée, chaque pensée) peut avoir son importance.

EDLN: Certains parents d’enfants à haut potentiel semblent avoir des difficultés à prendre le recul nécessaire pour répondre aux besoins éducatifs de leurs enfants, alors qu’ils sont eux-mêmes à haut potentiel, comment expliquez-vous cela?

Si le parent à HP a mal vécu sa douance, il peut projeter son expérience sur son enfant. Or, chaque expérience est différente. S’il a été contraint, par le passé, à renoncer à son fonctionnement singulier, il peut inconsciemment renvoyer une certaine hostilité à son enfant qui essaie de s’affirmer dans sa spécificité. Un parent qui n’est pas HP peut se révéler parfois plus neutre.

EDLN: Que pouvons nous proposer en tant que parents et enseignants à ces enfants afin qu’ils évoluent en harmonie avec leur propre mode de pensée?

De permettre à ces enfants d’appréhender leur propre fonctionnement sans plaquer sur eux des attentes prédéfinies. Chaque surdoué est unique et doit aller se rencontrer. C’est valable pour tous les enfants.

EDLN – JS – Mars 2018 

 

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Comment pensent les anti-conformistes?(the conversation)

Amandine Bery, Biologiste, post doctorante en neurosciences, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), vient de poster un article passionnant sur le site  The conversation.

Extrait:

« Que se passe-t-il dans le cerveau d’un homme qui choisit de s’affranchir de l’opinion commune ? Les neurosciences s’intéressent depuis de nombreuses années aux personnalités anticonformistes. L’enjeu est important, car ces individus permettent de faire évoluer la société et avancer la science.

Parmi les chercheurs, ils sont peu nombreux à remettre en cause les dogmes et à prendre le risque d’être attaqués, voire marginalisés par leurs pairs. L’histoire est riche, pourtant, de ces scientifiques qui, comme Albert Einstein ou Marie Curie, sont sortis des clous et ont révolutionné leur discipline.

La sélection naturelle semble privilégier le conformisme chez les individus. En même temps, l’évolution préserve une minorité aux idées hors normes, dont la créativité pourrait bien conditionner, ni plus ni moins, la survie de l’espèce. Le mathématicien Cédric Villani et l’ingénieure Thanh Nghiem appellent à valoriser ces individus atypiques. Ils estiment que ceux qu’ils ont rebaptisés les « crapauds fous » sont les plus à même d’inventer de nouveaux modèles dans un monde secoué par le changement climatique, le bouleversement numérique et le terrorisme. »

Lire l’intégralité de l’article

 

 

Statue de bronze d’Albert Einstein dans le parc de l’académie des sciences, à Washington. Robert Lyle Bolton/Flicr, CC BY

 

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« De nombreux organismes confisquent notre parole »

18765896_10212488438941551_5158749913968393610_n » En France, depuis toujours, l’Histoire s’écrit sans nous. Nous, les autistes ou les atypiques. Notre voix est marginalisée, étouffée et censurée. De nombreux organismes confisquent notre parole quand celle-ci trouble l’ordre établi et contrarie leurs intérêts. Les nombreuses dérives des lobbies prenant en otage la population #autiste en lui interdisant l’accès à la citoyenneté et aux mêmes droits que les autres, sont communément admises dans le paysage, avec l’approbation des médias et la passivité ou parfois le soutien des pouvoirs publics.

Des études récentes ont prouvé que la déficience mentale concerne à peine 10% de la population autiste. Cependant, cela n’empêche pas, par exemple, l’association gestionnaire Autisme France, d’entretenir de façon franche ou implicite selon les circonstances, l’idée que le problème ne vient pas de nos institutions mais que l’#autisme serait le problème ou encore que seuls les autistes dits Asperger, seraient vaguement en mesure d’assurer leur autonomie au sein d’une hypothétique société inclusive. Il en est de même de l’association AFG Autisme, dite « première association gestionnaire d’établissements et services médico-sociaux pour personnes autistes », dont la presse s’est déjà fait l’écho de la gestion déplorable de certains de ses centres ou encore de conflits d’intérêts pour remporter des appels d’offre.

Mais ce n’est pas tout. On assiste aujourd’hui à une vague de désinformation, de « Fake News », associant autisme avec surexposition aux écrans, dont le service public (Elise Lucet dans Envoyé spécial sur France 2) se fait le relais. Certains s’étonnent de l’émergence de ce mouvement entendant « anéantir l’autisme » : Thérapie Andaloussia pour anéantir l’AUTISME. Or, cela n’est guère étonnant quand afficher noir sur blanc parmi ses objectifs sa détermination à « éradiquer l’autisme » n’empêche pas de toucher des fonds publics. C’est le cas de l’association gestionnaire VAINCRE L’AUTISME qui ne considère l’autisme ni plus ni moins que comme une maladie à soigner ou à guérir, à défaut de la faire disparaître. Il serait pourtant inconcevable qu’une association ayant pour objectif d’éradiquer l’homosexualité, les juifs ou les noirs puisse exister ou toucher des subventions. Il y a donc là deux poids deux mesures concernant le devoir de tolérance qui incombe à chacun vis à vis des diverses populations au pays des Droits de l’Homme, où règne comme un climat de racisme cognitif, aux relents d’autismophobie…

A ce lobby du médico-social, s’ajoute celui du sanitaire qui s’emploie à maintenir la population autiste prisonnière des murs des hôpitaux de jour et des hôpitaux psychiatriques, structures dans lesquelles se terrent encore des adeptes d’une pratique de contention définie par l’ONU comme acte de maltraitance : le  » packing « … et si l’on en croit le récent ouvrage  » La Cause des autistes  » publié aux Éditions Payot d’une certaine Maître Sophie Janois, la France ne brille ni par le respect des droits fondamentaux ni par l’absence de discriminations à l’égard de la population autiste. Elle affiche au contraire sur la scène européenne de tristes records en matière d’autisme : championne des placements abusifs, déscolarisation massive, chômage à plus de 90%…

A l’heure ou par exemple la Suède, la Norvège, l’Italie ou encore le Pays Basque Espagnol ont depuis plusieurs décennies tourné le dos à l’institutionnalisation des profils atypiques, comment expliquer que notre pays peine lamentablement à remédier d’urgence à ce retard ? Peut-être en constatant que les lobbies du sanitaire et du médico-social sont les éternels interlocuteurs consultés par les pouvoirs publics, dans les décisions politiques concernant l’avenir de la population autiste… Il n’est pas rare également d’entendre des représentants du gouvernement jouer le jeu de ces lobbies au mépris de la population autiste en disant en  » off  » qu’engager le processus de la #désinstitutionnalisation en vue d’ériger le fondement d’une société inclusive prendra au mieux une génération. Comment entendre un tel discours, quand de nombreux pays européens ont démantelé leurs établissements spécialisés en seulement quelques années, il y a de cela plusieurs décennies et ont affecté les moyens qui leur étaient alloués vers l’école, pour lui permettre d’accueillir ces divers profils atypiques ? Cela semble aussi une étrange notion de  » priorité du quinquennat  » pour une société inclusive, pourtant affichée par le Président de la République. Si la société inclusive est réellement une priorité du quinquennat, alors ce quinquennat doit être celui de la désinstitutionnalisation.

Le Président Emmanuel Macron a déclaré lors du lancement des concertations du #PlanAutisme4 « se méfier des plans ». Sur ce point, je partage son appréhension. D’une concertation entre les acteurs de l’institutionnalisation, ne surgiront jamais les fondations d’une #SociétéInclusive. »

 

Hugo Horiot

école inclusive, tdah

La médicamentation des TDAH est elle dangereuse ?

3 à 5 % des enfants sont atteints de TDAH (Troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité). Entre méfiance à l’égard des psychostimulants et urgence d’apaiser les symptômes, les parents sont soumis à un véritable dilemme. 

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Mathis a 5 ans. A la maison, il fait du bruit, il s’agite, il s’énerve. Il court, toujours, partout.  En classe, c’est pareil. Sauf que, bien sûr, c’est plus compliqué à gérer à l’école. Il ne peut pas rester assis, même le temps d’une histoire, et même si celle-ci captive ses camarades. Il attrape tout ce qu’il peut, ne comprend aucune consigne , oublie ce qu’il doit faire, ne s’intéresse en rien à ce qu’il se passe en classe, invente tous les jours une nouvelle manière de heurter ses camarades.

5 ans. Juste un enfant.  Certes, très dur à gérer pour ses parents, cauchemar des enseignants, mais un enfant. Son enseignante, désemparée, a demandé aux parents de consulter. Le test de Conners, puis plusieurs consultations… Le diagnostic est tombé comme un couperet: « votre fils présente très certainement un TDAH ». Pour rappel, le diagnostic du TDAH se fait avec prudence avant l’âge de 5-6 ans. Et puis, psychologue  et enseignante en viennent rapidement à parler de traitement médicamenteux: « « il va falloir un traitement, ça ne va pas être possible autrement », nous a annoncé la maitresse. J’étais consternée. On voulait assommer mon petit garçon de 5 ans… » » raconte Eliane, maman de Mathis.

 Le TDAH concernerait 3% à 5%  des enfants en âge scolaire (Lecendreux, Konofal, & Faraone, 2011). Chez l’enfant, le TDAH se manifeste par une hyperactivité motrice, problématique socialement, à l’école et en famille. Ces enfants sont souvent bruyants, et ressentent le besoin irrépressible de tout toucher. Impulsivité, variation d’humeur et inattention sont également des symptômes du TDAH: « il nous fait sans cesse des crises, il nous épuise. Il est en roue libre, et ça ronge la vie de la famille ». Des effets incontrôlables qui ont en réalité une cause physiologique, un dysfonctionnement des neurones dopaminergiques (la dopamine est  un neurotransmetteur impliqué notamment dans la motivation de l’individu).

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schéma illustrant le rôle de la dopamine dans le cerveau (issu du site dopamine.fr.

Que faire alors, dans un cas comme celui de Mathis? La prescription de psychostimulants pour les cas de TDAH est sujet à controverse. En effet, le nombre de boites de Ritaline vendues est passé de 26 000 en 1996 à 730 000 en 2016.

Les plus prudents s’attardent sur ses effets indésirables: maux de têtes, palpitations, paranoïa, dépression, agressivité, tics verbaux… Selon le site prescrire, le Méthylphénidate (en particulier la Ritaline) est aussi accusé de faire preuve d’une faible efficacité (« une dizaine d’essais cliniques en  ont attesté récemment » argue-t-il) et d’exposer le jeune patient à de graves effets indésirables tels que des conséquences cardiovasculaires et neuropsychiques. Alice, professeur des écoles, s’inquiète de la surmédicalisation de certains comportements: « cela me désole que l’on propose à l’un de mes élèves une médicamentation alors qu’il n’a pas été attesté qu’il s’agisse de troubles neurologiques. Cet enfant a une vie catastrophique, pas de père, peut-être faudrait il commencer pas là, non? »

Le méthylphénidate, diabolisé ?

L’Agence Nationale du Médicament, quant à elle déplore, dans son dernier rapport sur les données d’utilisation et de sécurité d’emploi en France du méthylphénidate  en avril 2017 que seulement 40000 enfants soient traités en France tandis que «le nombre d’enfants souffrant de TDAH en France métropolitaine serait compris entre 190.000 et 480.000 ».

Entre ces instances qui prônent l’indispensabilité du méthylphénidate  et celles qui conseillent de s’orienter en premier lieu vers les thérapies cognitivo-comportementales, difficile de se faire une idée. Un dilemme qui ne fait qu’accroitre l’angoisse d’Eliane: «Soit on accepte le traitement, et l’on ne sait pas bien ce que ça donnera en terme d’effets secondaires, soit on refuse et on risque de l’exposer à des punitions et des reproches qui abiment l’estime qu’il a de lui-même, et de le priver des apprentissages de l’école. »

P.S.

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Camille, 4 ans, suspicion de haut potentiel, indésirable à l’école

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Nous avons rencontré Julie, maman de Camille,  4 ans, qui présente toutes les caractéristiques d’une enfant à haut potentiel. Le tempérament de Camille laissant les enseignants perplexes, ceux-ci suggèrent à ses parents de se tourner vers un établissement spécialisé. Aucun psychologue scolaire n’est venu observer l’enfant. Un témoignage qui prouve les limites de la rigidité des niveaux scolaires, de la solitude des parents d’enfants atypiques, du défaut de formation des enseignants et du refus de l’Education Nationale de s’adapter à la diversité des intelligences et des rythmes d’apprentissage des enfants.
EDLN: Votre fille présentait un profil atypique dès son entrée en classe? Lequel?
Oui. Dès 2 ans et demi, ma fille voulait lire. Elle était capable de reconstituer plusieurs puzzle de 15 pièces dont les pièces avaient été mélangées. Son langage d’adulte et son envie permanente de faire « des choses de grands » étaient assez impressionnants.
 
EDLN: Cela induit-il des perturbations en classe (comportement)?
Enormément. Elle répond à la maîtresse, qui se retrouve bouche bée face à ses réflexions. Ce matin encore, la maitresse m’a dit que « le carnet de comportement allait être rouge et elle a de la chance qu’on s’arrête au rouge ».
 
EDLN: Comment les enseignant ont-ils accueilli l’hypothèse de la précocité de votre enfant?  Vous semblaient-ils formés pour appréhender cette différence?
Ils sont perdus. Ils voient bien qu’il y a quelque chose d’anormal. Mais quand je demande des adresses de psy, on me redirige vers mon médecin. De plus, sa classe est à double niveau et ils ont décidé de la mettre avec les moyens plutôt qu’avec les grands. Elle s’ennuie et devient ingérable. On m’explique que c’est ma fille et que c’est à moi de « mieux la maitriser » .
 
EDLN: Avez vous eu des aides, des relais au sein de l’éducation nationale?
Pour l’instant aucune. Le directeur m’a même dit de ne pas alimenter la curiosité de ma fille et de la laisser faire des choses de son âge. Mais pour ma fille, les coloriages et les gommettes, c’était cool jusqu’à 2 ans, mais maintenant c’est la lecture, les maths, la géo ou l’anglais qui l’éclatent…
 
EDLN: Quel rapport votre fille entretenait elle avec l’école? aimait-elle y aller?
Elle aime y aller par phase. Quand elle n’a plus envie de faire des efforts, elle le fait payer à la maitresse.  Elle aime le lieu et certaines activités mais son discours est généralement « maman je m’ennuie et ma maîtresse et les autres enfants sont bêtes ». Je suis persuadée qu’un saut de classe résoudrait le problème.
EDLN: quels outils de « différentiation »  ou autre dispositif les enseignants ont-ils proposés?
Pour l’instant, aucun. On a fait un rapport ignoble sur ma puce et ses crises de colère, sur son besoin d avoir un adulte tout le temps avec elle. Mais quand le directeur m’a dit vouloir monter un dossier « handicap » qui pourrait la faire admettre dans un établissement spécialisé, ça a été le choc.  Je lui ai dit d’oublier, que je me refuse à voir le fait de faire des soustractions ou parler de politique à 4 ans comme un handicap.
 
EDLN. Quel est votre ressenti par rapport  à l’éducation nationale et au traitement réservé à votre enfant?
Je suis déçue et un peu perdue. J’ai le sentiment qu’ils veulent se décharger du problème. Rien n’a été mis en place, la psychologue scolaire m’a dit ne pas se déplacer en maternelle. Le directeur nous explique que personne ne sait faire avec Camille, et que si on ne trouve pas de façon de la faire rentrer dans le rang (SIC), il faudrait faire ce dossier pour l’envoyer dans un établissement spécialisé. Depuis, je suis dans une colère noire.
 
EDLN:  quel avenir envisagez vous aujourd’hui, avez vous songé à la changer d’école? 
Ma décision est prise à 90 %, je pense la changer d’école.  Ma fille est impatiente et aimerait changer tout de suite.
L’école de la Neurodiversité- Décembre 2017