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Comment pensent les anti-conformistes?(the conversation)

Amandine Bery, Biologiste, post doctorante en neurosciences, Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), vient de poster un article passionnant sur le site  The conversation.

Extrait:

« Que se passe-t-il dans le cerveau d’un homme qui choisit de s’affranchir de l’opinion commune ? Les neurosciences s’intéressent depuis de nombreuses années aux personnalités anticonformistes. L’enjeu est important, car ces individus permettent de faire évoluer la société et avancer la science.

Parmi les chercheurs, ils sont peu nombreux à remettre en cause les dogmes et à prendre le risque d’être attaqués, voire marginalisés par leurs pairs. L’histoire est riche, pourtant, de ces scientifiques qui, comme Albert Einstein ou Marie Curie, sont sortis des clous et ont révolutionné leur discipline.

La sélection naturelle semble privilégier le conformisme chez les individus. En même temps, l’évolution préserve une minorité aux idées hors normes, dont la créativité pourrait bien conditionner, ni plus ni moins, la survie de l’espèce. Le mathématicien Cédric Villani et l’ingénieure Thanh Nghiem appellent à valoriser ces individus atypiques. Ils estiment que ceux qu’ils ont rebaptisés les « crapauds fous » sont les plus à même d’inventer de nouveaux modèles dans un monde secoué par le changement climatique, le bouleversement numérique et le terrorisme. »

Lire l’intégralité de l’article

 

 

Statue de bronze d’Albert Einstein dans le parc de l’académie des sciences, à Washington. Robert Lyle Bolton/Flicr, CC BY

 

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« De nombreux organismes confisquent notre parole »

18765896_10212488438941551_5158749913968393610_n » En France, depuis toujours, l’Histoire s’écrit sans nous. Nous, les autistes ou les atypiques. Notre voix est marginalisée, étouffée et censurée. De nombreux organismes confisquent notre parole quand celle-ci trouble l’ordre établi et contrarie leurs intérêts. Les nombreuses dérives des lobbies prenant en otage la population #autiste en lui interdisant l’accès à la citoyenneté et aux mêmes droits que les autres, sont communément admises dans le paysage, avec l’approbation des médias et la passivité ou parfois le soutien des pouvoirs publics.

Des études récentes ont prouvé que la déficience mentale concerne à peine 10% de la population autiste. Cependant, cela n’empêche pas, par exemple, l’association gestionnaire Autisme France, d’entretenir de façon franche ou implicite selon les circonstances, l’idée que le problème ne vient pas de nos institutions mais que l’#autisme serait le problème ou encore que seuls les autistes dits Asperger, seraient vaguement en mesure d’assurer leur autonomie au sein d’une hypothétique société inclusive. Il en est de même de l’association AFG Autisme, dite « première association gestionnaire d’établissements et services médico-sociaux pour personnes autistes », dont la presse s’est déjà fait l’écho de la gestion déplorable de certains de ses centres ou encore de conflits d’intérêts pour remporter des appels d’offre.

Mais ce n’est pas tout. On assiste aujourd’hui à une vague de désinformation, de « Fake News », associant autisme avec surexposition aux écrans, dont le service public (Elise Lucet dans Envoyé spécial sur France 2) se fait le relais. Certains s’étonnent de l’émergence de ce mouvement entendant « anéantir l’autisme » : Thérapie Andaloussia pour anéantir l’AUTISME. Or, cela n’est guère étonnant quand afficher noir sur blanc parmi ses objectifs sa détermination à « éradiquer l’autisme » n’empêche pas de toucher des fonds publics. C’est le cas de l’association gestionnaire VAINCRE L’AUTISME qui ne considère l’autisme ni plus ni moins que comme une maladie à soigner ou à guérir, à défaut de la faire disparaître. Il serait pourtant inconcevable qu’une association ayant pour objectif d’éradiquer l’homosexualité, les juifs ou les noirs puisse exister ou toucher des subventions. Il y a donc là deux poids deux mesures concernant le devoir de tolérance qui incombe à chacun vis à vis des diverses populations au pays des Droits de l’Homme, où règne comme un climat de racisme cognitif, aux relents d’autismophobie…

A ce lobby du médico-social, s’ajoute celui du sanitaire qui s’emploie à maintenir la population autiste prisonnière des murs des hôpitaux de jour et des hôpitaux psychiatriques, structures dans lesquelles se terrent encore des adeptes d’une pratique de contention définie par l’ONU comme acte de maltraitance : le  » packing « … et si l’on en croit le récent ouvrage  » La Cause des autistes  » publié aux Éditions Payot d’une certaine Maître Sophie Janois, la France ne brille ni par le respect des droits fondamentaux ni par l’absence de discriminations à l’égard de la population autiste. Elle affiche au contraire sur la scène européenne de tristes records en matière d’autisme : championne des placements abusifs, déscolarisation massive, chômage à plus de 90%…

A l’heure ou par exemple la Suède, la Norvège, l’Italie ou encore le Pays Basque Espagnol ont depuis plusieurs décennies tourné le dos à l’institutionnalisation des profils atypiques, comment expliquer que notre pays peine lamentablement à remédier d’urgence à ce retard ? Peut-être en constatant que les lobbies du sanitaire et du médico-social sont les éternels interlocuteurs consultés par les pouvoirs publics, dans les décisions politiques concernant l’avenir de la population autiste… Il n’est pas rare également d’entendre des représentants du gouvernement jouer le jeu de ces lobbies au mépris de la population autiste en disant en  » off  » qu’engager le processus de la #désinstitutionnalisation en vue d’ériger le fondement d’une société inclusive prendra au mieux une génération. Comment entendre un tel discours, quand de nombreux pays européens ont démantelé leurs établissements spécialisés en seulement quelques années, il y a de cela plusieurs décennies et ont affecté les moyens qui leur étaient alloués vers l’école, pour lui permettre d’accueillir ces divers profils atypiques ? Cela semble aussi une étrange notion de  » priorité du quinquennat  » pour une société inclusive, pourtant affichée par le Président de la République. Si la société inclusive est réellement une priorité du quinquennat, alors ce quinquennat doit être celui de la désinstitutionnalisation.

Le Président Emmanuel Macron a déclaré lors du lancement des concertations du #PlanAutisme4 « se méfier des plans ». Sur ce point, je partage son appréhension. D’une concertation entre les acteurs de l’institutionnalisation, ne surgiront jamais les fondations d’une #SociétéInclusive. »

 

Hugo Horiot

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La médicamentation des TDAH est elle dangereuse ?

3 à 5 % des enfants sont atteints de TDAH (Troubles déficitaires de l’attention avec ou sans hyperactivité). Entre méfiance à l’égard des psychostimulants et urgence d’apaiser les symptômes, les parents sont soumis à un véritable dilemme. 

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Mathis a 5 ans. A la maison, il fait du bruit, il s’agite, il s’énerve. Il court, toujours, partout.  En classe, c’est pareil. Sauf que, bien sûr, c’est plus compliqué à gérer à l’école. Il ne peut pas rester assis, même le temps d’une histoire, et même si celle-ci captive ses camarades. Il attrape tout ce qu’il peut, ne comprend aucune consigne , oublie ce qu’il doit faire, ne s’intéresse en rien à ce qu’il se passe en classe, invente tous les jours une nouvelle manière de heurter ses camarades.

5 ans. Juste un enfant.  Certes, très dur à gérer pour ses parents, cauchemar des enseignants, mais un enfant. Son enseignante, désemparée, a demandé aux parents de consulter. Le test de Conners, puis plusieurs consultations… Le diagnostic est tombé comme un couperet: « votre fils présente très certainement un TDAH ». Pour rappel, le diagnostic du TDAH se fait avec prudence avant l’âge de 5-6 ans. Et puis, psychologue  et enseignante en viennent rapidement à parler de traitement médicamenteux: « « il va falloir un traitement, ça ne va pas être possible autrement », nous a annoncé la maitresse. J’étais consternée. On voulait assommer mon petit garçon de 5 ans… » » raconte Eliane, maman de Mathis.

 Le TDAH concernerait 3% à 5%  des enfants en âge scolaire (Lecendreux, Konofal, & Faraone, 2011). Chez l’enfant, le TDAH se manifeste par une hyperactivité motrice, problématique socialement, à l’école et en famille. Ces enfants sont souvent bruyants, et ressentent le besoin irrépressible de tout toucher. Impulsivité, variation d’humeur et inattention sont également des symptômes du TDAH: « il nous fait sans cesse des crises, il nous épuise. Il est en roue libre, et ça ronge la vie de la famille ». Des effets incontrôlables qui ont en réalité une cause physiologique, un dysfonctionnement des neurones dopaminergiques (la dopamine est  un neurotransmetteur impliqué notamment dans la motivation de l’individu).

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schéma illustrant le rôle de la dopamine dans le cerveau (issu du site dopamine.fr.

Que faire alors, dans un cas comme celui de Mathis? La prescription de psychostimulants pour les cas de TDAH est sujet à controverse. En effet, le nombre de boites de Ritaline vendues est passé de 26 000 en 1996 à 730 000 en 2016.

Les plus prudents s’attardent sur ses effets indésirables: maux de têtes, palpitations, paranoïa, dépression, agressivité, tics verbaux… Selon le site prescrire, le Méthylphénidate (en particulier la Ritaline) est aussi accusé de faire preuve d’une faible efficacité (« une dizaine d’essais cliniques en  ont attesté récemment » argue-t-il) et d’exposer le jeune patient à de graves effets indésirables tels que des conséquences cardiovasculaires et neuropsychiques. Alice, professeur des écoles, s’inquiète de la surmédicalisation de certains comportements: « cela me désole que l’on propose à l’un de mes élèves une médicamentation alors qu’il n’a pas été attesté qu’il s’agisse de troubles neurologiques. Cet enfant a une vie catastrophique, pas de père, peut-être faudrait il commencer pas là, non? »

Le méthylphénidate, diabolisé ?

L’Agence Nationale du Médicament, quant à elle déplore, dans son dernier rapport sur les données d’utilisation et de sécurité d’emploi en France du méthylphénidate  en avril 2017 que seulement 40000 enfants soient traités en France tandis que «le nombre d’enfants souffrant de TDAH en France métropolitaine serait compris entre 190.000 et 480.000 ».

Entre ces instances qui prônent l’indispensabilité du méthylphénidate  et celles qui conseillent de s’orienter en premier lieu vers les thérapies cognitivo-comportementales, difficile de se faire une idée. Un dilemme qui ne fait qu’accroitre l’angoisse d’Eliane: «Soit on accepte le traitement, et l’on ne sait pas bien ce que ça donnera en terme d’effets secondaires, soit on refuse et on risque de l’exposer à des punitions et des reproches qui abiment l’estime qu’il a de lui-même, et de le priver des apprentissages de l’école. »

P.S.

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Camille, 4 ans, suspicion de haut potentiel, indésirable à l’école

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Nous avons rencontré Julie, maman de Camille,  4 ans, qui présente toutes les caractéristiques d’une enfant à haut potentiel. Le tempérament de Camille laissant les enseignants perplexes, ceux-ci suggèrent à ses parents de se tourner vers un établissement spécialisé. Aucun psychologue scolaire n’est venu observer l’enfant. Un témoignage qui prouve les limites de la rigidité des niveaux scolaires, de la solitude des parents d’enfants atypiques, du défaut de formation des enseignants et du refus de l’Education Nationale de s’adapter à la diversité des intelligences et des rythmes d’apprentissage des enfants.
EDLN: Votre fille présentait un profil atypique dès son entrée en classe? Lequel?
Oui. Dès 2 ans et demi, ma fille voulait lire. Elle était capable de reconstituer plusieurs puzzle de 15 pièces dont les pièces avaient été mélangées. Son langage d’adulte et son envie permanente de faire « des choses de grands » étaient assez impressionnants.
 
EDLN: Cela induit-il des perturbations en classe (comportement)?
Enormément. Elle répond à la maîtresse, qui se retrouve bouche bée face à ses réflexions. Ce matin encore, la maitresse m’a dit que « le carnet de comportement allait être rouge et elle a de la chance qu’on s’arrête au rouge ».
 
EDLN: Comment les enseignant ont-ils accueilli l’hypothèse de la précocité de votre enfant?  Vous semblaient-ils formés pour appréhender cette différence?
Ils sont perdus. Ils voient bien qu’il y a quelque chose d’anormal. Mais quand je demande des adresses de psy, on me redirige vers mon médecin. De plus, sa classe est à double niveau et ils ont décidé de la mettre avec les moyens plutôt qu’avec les grands. Elle s’ennuie et devient ingérable. On m’explique que c’est ma fille et que c’est à moi de « mieux la maitriser » .
 
EDLN: Avez vous eu des aides, des relais au sein de l’éducation nationale?
Pour l’instant aucune. Le directeur m’a même dit de ne pas alimenter la curiosité de ma fille et de la laisser faire des choses de son âge. Mais pour ma fille, les coloriages et les gommettes, c’était cool jusqu’à 2 ans, mais maintenant c’est la lecture, les maths, la géo ou l’anglais qui l’éclatent…
 
EDLN: Quel rapport votre fille entretenait elle avec l’école? aimait-elle y aller?
Elle aime y aller par phase. Quand elle n’a plus envie de faire des efforts, elle le fait payer à la maitresse.  Elle aime le lieu et certaines activités mais son discours est généralement « maman je m’ennuie et ma maîtresse et les autres enfants sont bêtes ». Je suis persuadée qu’un saut de classe résoudrait le problème.
EDLN: quels outils de « différentiation »  ou autre dispositif les enseignants ont-ils proposés?
Pour l’instant, aucun. On a fait un rapport ignoble sur ma puce et ses crises de colère, sur son besoin d avoir un adulte tout le temps avec elle. Mais quand le directeur m’a dit vouloir monter un dossier « handicap » qui pourrait la faire admettre dans un établissement spécialisé, ça a été le choc.  Je lui ai dit d’oublier, que je me refuse à voir le fait de faire des soustractions ou parler de politique à 4 ans comme un handicap.
 
EDLN. Quel est votre ressenti par rapport  à l’éducation nationale et au traitement réservé à votre enfant?
Je suis déçue et un peu perdue. J’ai le sentiment qu’ils veulent se décharger du problème. Rien n’a été mis en place, la psychologue scolaire m’a dit ne pas se déplacer en maternelle. Le directeur nous explique que personne ne sait faire avec Camille, et que si on ne trouve pas de façon de la faire rentrer dans le rang (SIC), il faudrait faire ce dossier pour l’envoyer dans un établissement spécialisé. Depuis, je suis dans une colère noire.
 
EDLN:  quel avenir envisagez vous aujourd’hui, avez vous songé à la changer d’école? 
Ma décision est prise à 90 %, je pense la changer d’école.  Ma fille est impatiente et aimerait changer tout de suite.
L’école de la Neurodiversité- Décembre 2017
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La « Lettre à un jeune enseignant » de Julie Philippon

Julie Philippon  (aller voir son blog) est enseignante, auteure, conférencière et blogueuse spécialiste des troubles d’apprentissage. L’auteure québécoise a publié sur son blog une magnifique lettre adressé à l’enseignant de l’un de ses enfants, « Lettre à un jeune enseignant », un plaidoyer pour un enseignement plus inclusif…

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 » Bonjour toi,

Tu sais, je te trouve très courageux, j’admire
ta fougue, ta jeunesse, mais aussi ta naïveté. Enseigner est un des plus beaux
métiers du monde! Imagine, allumer des étoiles, ce n’est pas donné à tout le
monde. C’est aussi donner le goût d’apprendre, de découvrir, de se dépasser à
un groupe d’élèves, aussi nombreux que différents, qui arrivent avec leur
propre bagage, leur histoire, leurs forces et leurs défis.

C’est très valorisant que de voir ces enfants-là
arriver à un point A et de les amener à un point B à la fin de l’année. Savoir
que pendant 180 jours de classe, tu feras peut-être une différence pour le
reste de leur vie, c’est excitant et angoissant à la fois.

C’est toi,l’adulte, ne l’oublie pas 
Sois honnête avec eux, quand tu ne connais pas une réponse, enseigne-leur comment aller la chercher, quand quelque chose te chicote, montre-leur comment en parler et invite-les, par l’exemple, à régler leurs conflits. Même si tu es en désaccord avec leurs parents ou les autres intervenants, rappelle-toi que c’est toi l’adulte, qu’il y a des choses qu’ils n’ont pas besoin de savoir.

Quand à leur tour ils te raconteront comment «maman a dépensé tous ses sous au casino », que « papa pleure tout le temps »,
qu’ils n’ont « pas de collation parce que le frigo était vide ce matin »*, fais quelque chose de beau avec ça. Garde tes commentaires désobligeants pour une
autre tribune et accompagne-les, demande de l’aide au besoin, apporte des
boîtes de barres tendres pour ceux qui arriveront l’estomac creux. Rappelle-toi
que tu es l’adulte le plus signifiant pour eux présentement et que oui, tu as
beaucoup (trop) de pouvoir, que tu peux faire une différence.

C’est aussi un grand privilège qui te demandera énormément de travail, d’énergie, de patience et d’amour! Oui! Oui! De l’amour, parce qu’il faut les aimer nos élèves pour les accompagner. Ce n’est pas grave si tu ne leur dis pas, ce qui l’est, c’est quand justement, le courant ne passe pas, parce que même si tu es très professionnel et que tu ne laisses rien paraître, eux, ils le savent, ils le sentent, il n’y a pas moyen de t’en sortir.

Tu seras aussi pendant une année scolaire leur modèle, la personne qui devrait leur inspirer le respect, avec ou sans « vous », le capitaine d’équipe, le grand chef, celui qui sait les pousser juste assez, mais qui est aussi là quand ils tombent ou que leur monde s’écroule parce que même s’ils sont petits, ils vivent parfois des drames qui sont plus grands que nous.

Les mots blessent, fais attention! 
Mais, tu sais, pour certains, c’est parfois plus compliqué. Ce n’est pas un manque de volonté des enfants ni de leurs parents, ni parce que toi-même tu es incompétent. Ce n’est pas un manque de travail ou même d’étude, c’est juste plus difficile pour certains enfants qui arrivent avec de plus grands défis.
Rappelle-toi que tes mots, ceux que tu dis, ceux que tu écris, ont un très grand impact sur tes élèves et leur famille. Même si tu ne comprends pas toute la situation, qu’il te manque des bouts, que tu juges que tu n’es pas très exigeant, que cette notion est facile, que tu n’arrêtes pas de répéter, certains de tes commentaires peuvent blesser x 1000!

Ce n’est pas toujours un « MANQUE D’ÉTUDE » 

Tu te demandes peut-être pourquoi je t’écris aujourd’hui. Parce que je suis moi-même enseignante depuis 23 ans, que j’ai toujours aimé mon métier, mais que depuis que je suis maman, je réalise que j’ai peut-être fait des gaffes dans le passé. En fait, c’est surtout depuis que mes propres enfants sont scolarisés que je pense à toi. J’ai toujours été une élève performante et lorsque j’ai commencé à enseigner, je m’attendais à ce que mes élèves le soient aussi.

Je manquais de vécu et d’expérience.

Mais vois-tu, depuis, j’ai dû m’adapter, m’informer, lire et accompagner mes propres enfants qui ont de nombreuses difficultés : TDAH, épilepsie, syndrome Gilles de la Tourette, dyspraxie, etc. Nous travaillons tellement fort pour les encourager dans leur parcours scolaire qui est tout sauf facile. Quand on reçoit ce genre de message, ça nous décourage, ça brise notre motivation et ça me donne le goût d’aller prendre un café avec toi pour t’expliquer que peut-être que d’après ton analyse de la situation, mon enfant manque d’étude, mais d’après la mienne, tu manques aussi de délicatesse, de psychologie et d’inspiration!

J’ai peur du trou noir 
Naturellement, on t’en demande toujours plus sans offrir les services dont tes élèves ont besoin. Ton travail est de plus en plus exigeant, tu dois trop souvent sortir de ta propre poche tes sous pour acheter du matériel, ton temps que tu donnes généreusement n’est pas reconnu et tout ça peut éteindre la petite flamme qui t’habitait lors de ton choix de cours.

Je le comprends, rassure-toi. C’est pour ça que je ne manque aucune occasion de te dire merci, ô combien je te trouve bon, que j’aime tes idées, etc. Mais, s’il te plaît, fais attention à ce que tu dis, ce que tu écris, parce qu’avec des messages comme celui-ci, tu ne fais pas juste éteindre une étoile, c’est comme si tu nous plongeais dans un trou noir pis ça me fait vraiment peur, pour toi, pour mon enfant, pour moi, pour nous.

Si jamais tu veux en jaser, je suis là pour toi, c’est aussi ça l’éducation. Le transfert de connaissances, reconnaître nos erreurs, aller de l’avant, avancer, réfléchir et trouver des solutions, briser les tabous, etc.

Fais-moi signe, je te payerai un café!

Julie, maman-prof

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Le neuromythe cerveau gauche-droit, toujours présent à l’école?

Dénoncé par de nombreux neurologues, le mythe d’une tendance cérébrale (cerveau gauche ou cerveau droit) persiste comme croyance populaire, s’immisce dans les périodiques sous forme de révélation et résiste sur les bancs de l’Education Nationale. 

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L’échelle de couleur  montre  la latéralisation gauche (couleurs chaudes) ou la latéralisation droite (couleurs froides), Université d’Utah.

En 1861, Paul Broca, médecin et anthropologue, suivait un patient ayant perdu l’usage de la parole. L’examen de son cerveau après sa mort montrant que seul l’hémisphère gauche avait subi des lésions (en particulier une lésion de la troisième circonvolution frontale gauche), tandis que le cerveau droit demeurait intact, il en conclut que les fonctions langagières étaient situées dans cette partie du cerveau. Depuis, la théorie de l’asymétrie et de la latéralisation du cerveau a perduré.

 

Interdépendance des hémisphères

En 2013, l’université d’Utah met fin au mythe cerveau gauche-cerveau droit dans son étude « An Evaluation of the Left-Brain vs. Right-Brain Hypothesis with Resting State Functional Connectivity Magnetic Resonance Imaging ». Cette étude, qui a duré deux ans, a consisté en l’analyse des scanners des cerveaux de 1011 individus âgés de 7 à 29 ans, et observé l’activation de 7266 régions de la matière grise  afin de mettre en évidence une éventuelle latéralisation du cerveau. La conclusion est sans appel: lors d’une action, les deux hémisphères sont autant activés l’un que l’autre.  Ainsi, selon le compte rendu de cette étude, si il existe bien une asymétrie cérébrale, les individus ne privilégient pas de manière manifeste leur réseau cérébral gauche à leur réseau cérébral droit, il n’y a pas d’ « artistes-cerveau-droit » ou de « pragmatique-cerveau-gauche ». En outre, si  certaines fonctions sont latéralisées dans un seul hémisphère (par exemple, la musique et les processus spatio-visuels sont localisés dans l’hémisphère droit, tandis qu’on situe le langage et les maths dans l’hémisphère gauche), il subsiste une interdépendance et une activité simultanée des deux hémisphères. On ne peut donc pas parler de « latéralisation du cerveau ».

Des recherches récentes vont encore plus loin, jusqu’à remettre en cause la localisation cérébrale.

          En 2016, Hugues Duffau, brillant neurochirurgien au CHU de Montpellier, publie «L’erreur de Broca». Dans cet ouvrage, il décrit l’incroyable plasticité du cerveau, sa capacité à se «remodeler» en permanence, mais aussi le fonctionnement du cerveau, qui ne s’organise pas en deux zones indépendantes. Il a en effet pu observer également que pour commander une action, un ensemble de régions réparties sur les deux hémisphères était sollicité. Le professeur Duffau ne croit pas à « l’aire de Broca » : lors de ses opérations (connues pour être pratiquées à cerveau ouvert avec une phase de conscience des patients), il aurait supprimé des centaines d’aires de Broca sans que cela n’impacte le langage.

Qu’en est il alors de la théorie des localisations cérébrales? « Nous avons tous un cerveau organisé différemment. La théorie du localisationnisme, à savoir qu’une région correspond à une fonction, est un concept totalement faux. On sait maintenant qu’un cerveau est organisé en réseaux complexes et lorsque vous opérez un patient sous anesthésie générale en rentrant dans son cerveau vous ne savez pas où se trouve, dans ces réseaux complexes, les zones cruciales par rapport aux zones compensables. Vous devez attendre qu’il soit réveillé après l’intervention chirurgicale pour vérifier s’il bouge toujours bien, s’il parle toujours bien, s’il est capable de comprendre… Si le patient est endormi on ne peut pas vérifier ses fonctions en temps réel. » explique le docteur  Duffau dans une interview au site « vivre demain ». C’est pour cette raison que le neurochirurgien explique établir des cartes individuelles du cerveau de chaque individu.

Mais le neuromythe  « cerveau gauche cerveau droit » prospère, en particulier dans l’Education Nationale. Sophie, enseignante dans le premier degré, en témoigne « nombre de mes collègues parlent encore d’élèves plutôt « cerveau droit » ou plutôt « cerveau gauche », en ayant le sentiment d’apporter de la matière au débat pédagogique. En même temps, vu que nous ne sommes absolument pas formés, c’est logique ! ». Selon       S. Masson, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Quebec à Montréal, 80% des enseignants croient en la dominance d’une partie du cerveau. Aussi dans la bouche des enseignants, mais aussi dans bon nombre de documents rédigés par l’»élite » de l’Education Nationale, où l’on nous  parle  de « sur engagement » de l’hémisphère droit, par exemple, la rumeur subsiste. Un nouvel exemple de l’utilisation hasardeuse et très superficielle des neurosciences dans l’Education Nationale.

N.J.

Pour aller plus loin:

http://sciencebasedmedicine.org/left-brain-right-brain-myth/

https://vivredemain.fr/2016/01/28/hugues-duffau-cerveau/

http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0071275#s3