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Hugo Horiot: « je ne souhaite pas participer au plan autisme 4 »

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         Il m’a été proposé de participer au #PlanAutisme4. J’ai décliné cette offre parce que je ne souhaite pas m’inscrire dans cette vision selon laquelle il faudrait corriger et traiter l’autiste plutôt que de l’aider à s’émanciper en tant que citoyen libre, c’est à dire en tant que sujet de droits et non objet de soins.

Je suis #autiste. On parle souvent d’autistes de «haut niveau» ou de «bas niveau.» A votre avis, on me range dans quelle catégorie ? Haut niveau ? Dans mon enfance, sans doutes aurais-je été classifié de «bas niveau.» J’avais beau savoir lire, écrire et compter avant de parler, ça n’empêchait pas l’équipe pédagogique de mon école primaire de me surnommer affectueusement «le cerveau lent». Le fait d’être mutique et incapable de croiser le moindre regard, de me balancer ou d’agiter mes mains, ou encore de tourner des roues pour me rassurer, semblaient des raisons suffisantes de m’interner en hôpital psychiatrique, loin de l’école et donc, de mes droits fondamentaux. Quand j’ai été capable de feindre à force d’observation, d’analyse et d’imitation de mes contemporains, j’ai ensuite caché, de mes 15 à 30 ans, tout ce qui était lié à l’autisme pour ne plus être stigmatisé. Puis, las de me terrer, de me cacher et de baisser la tête, je suis revenu sur cette période dans mes livres. Finalement, on dit de moi que je suis un autiste de «haut niveau» depuis que j’ai publié un best-seller.

L’opposition permanente entre autistes dits « sévères ou de bas niveau » ou autistes dits «légers ou de haut niveau» est brandie en étendard par les lobbies entendant régenter la parole autistique. C’est inacceptable et cela va à l’encontre des intérêts et de l’avenir de l’ensemble des membres du spectre de l’autisme. Qui irait marquer une telle distinction chez, par exemple, les trisomiques, les surdoués, les dyslexiques… En revanche, combien de fois entend-t-on «faux autistes», «pas assez autistes» pour parler d’autisme, «imposteurs» ?

L’#autisme est une minorité, une population. Au sein de cette population comme au sein de la population générale, il y a des personnes plus au moins intelligentes, des personnes plus ou moins limitées et quelques génies. Certaines ont des «troubles associés», d’autres non. Si on sort du paradigme dominant pour évaluer l’intelligence d’un individu, il s’avère que les autistes capables de s’exprimer ne sont pas obligatoirement les plus intelligents. En revanche, dans certains domaines, des autistes mutiques ou très peu verbaux peuvent être doués de compétences largement supérieures à la moyenne… Certaines multinationales, grands groupes ou compagnies l’ont déjà compris car ils savent à quel point s’entourer des personnes qui pensent, voient et agissent différemment peut augmenter leurs performances et élargir les horizons.

L’autisme est systématiquement appréhendé comme un ensemble de défauts. Les qualités indéniables qu’il peut présenter ne sont jamais abordées, très peu reconnues et mises en avant alors qu’elles devraient constituer la base d’une société inclusive, pour être développées le plus tôt possible, ce qui valoriserait le sujet et profiterait à l’ensemble de la société.

Hugo Horiot

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SARAH: POURQUOI J’AI DESCOLARISE MES ENFANTS

Sarah Thomson vit dans la campagne bretonne avec ses deux enfants. Elle nous raconte pourquoi et comment elle a décidé de ne plus scolariser ses enfants. Un point de vue polémique mais engagé et réfléchi.

boys-1782427_1920QUELLE EST VOTRE RELATION AU MONDE SCOLAIRE ?

Depuis toujours, mes parents m’ont appris à observer, à avoir une conscience propre. En suivant ce chemin j’ai croisé divers modes d’éducation, libre, non-violent, autoritaire, violent, pédagogie Waldorf, Montessori, Freinet, l’instruction en famille, l’école publique. J’ai donc eu accès àdifférentes forme de culture, de milieux, cecidepuis l’enfance.

Et puis j’ai découvert l’école. Un système hiérarchique qui s’inscrit du bas âge aux hautes sphères de l’académie. J’ai ressenti aussi du mépris de la part des enseignants, en tant qu’élève, puis en tant que parent. Pourquoi quand nous voulons discuter avec les enseignants pour savoir si notre enfant se plait à l’école, pour résoudre un problème dont notre enfant nous a parlé, avons nous l’impression de se faire prendre de haut ? Une question de hiérarchie, tout simplement. Nous, parents, sommes en dessous de leur « rang » d’enseignant (selon leur système dans lequel ils baignent). Pourquoi un enfant qui se donne du mal pour réussir est-il dévalorisé ?  Alors qu’il est là pour apprendre, on le met en situation d’échec, ce qui est contre-productif! On le menace de punition, on lui parle sans respect et politesse… Je ne suis pas à l’aise avec cette idée de supériorité. En bref, les enfants ne peuvent pas s’épanouir dans ce contexte où ils sont juste ‘contenus’. Le coté élitiste qui consiste à noter est un outil de hiérarchie et créé de la division et de l’isolement.

CERTAINS MODES D’EDUCATION VOUS ONT-ILS ATTIREE PLUS QUE D’AUTRES?

J’ai toujours eu plus de sympathie pour l’instruction Waldorf ou en famille, non-violente. Mais sans pour autant pousser ce sentiment à l’extrême, ayant remarqué que toute conduite extrême en matière d’éducation n’est en réalité qu’un moule d’une forme différente.

L’école publique, autrement dit l’instruction, représente pour moi une nécessité, et si elle n’est aujourd’hui pas parfaite et ne le sera jamais, j’en ai tiré des expériences et une connaissance du monde. Mais dans mon fort intérieur, j’ai toujours désiré une autre école, une école où l’on peut faire des projets, écrire de la couleur que l’on veut, être un peu comme chez soi, une école ou on sera valorisé.

AVEZ VOUS, VOUS-MEME, PU SUIVRE UN CURSUS NORMAL?

J’ai arrêté mon cursus scolaire après la 5ème, je m’ennuyais mortellement, pour reprendre des formations professionnelles qui me plaisaient. Par la suite et n’ayant pas eu mes enfants avant 30 ans, j’ai eu tout le loisir de me conforter dans des idées, les transformant en certitudes. J’avais donc ce désir d’une éducation qui accompagne la curiosité de l’enfant, comme une barrière souple et adaptable qui empêche de tomber mais qui ne fait pas mal.

BELLE UTOPIE…

Bien sûr, entre le désir et la réalisation il y a plus d’un pas à faire, je n’étais pas neutre, il m’a fallu désapprendre, me structurer, apprendre à être juste et non violente (pas facile quand on est imprégné d’exemples). J’étais aussi beaucoup plus influençable, il y a quelques temps. Des fois l’on me disait: « tu devrais faire comme ça avec tes enfants, sinon ils vont devenir comme ça », et même si ma conscience me disait que ce n’était pas la vérité, j’optais pour des comportements qui n’étaient pas les miens. Je m’éloignais de l’essentiel : je suis maman avant tout ! Et non quelqu’un qui suit un chemin tout tracé (qui ne se traçait pas d’ailleurs). Donc, priorité aux enfants !

LE SYSTEME SCOLAIRE PESAIT-IL SUR VOTRE FAMILLE, VOS ENFANTS?

Mon aîné avait eu la malchance de tomber en CP sur une maîtresse qui faisait de la discrimination (sans s’en rendre vraiment compte, je crois). Il n’était pas vraiment prêt à apprendre la lecture et l’écriture, à rester assis une journée entière, il a vraiment perdu beaucoup de confiance en lui à cette période. Il n’arrivait pas à s’endormir le soir, « triturait » toujours ses mains, et n’avait pas de copain à l’école. Les rythmes scolaires faisaient aussi que nous n’arrivions plus à nous détendre chez nous, les enfants, tellement sur les nerfs, ne supportaient plus rien, donc personne n’était heureux. Nous n’avions plus de moment de famille agréable.

C’EST A CE MOMENT LA QUE VOUS AVEZ CHOISI DE CONTINUER VOTRE ROUTE HORS EDUCATION NATIONALE?

Nous avons beaucoup discuté avec les enfants qui avaient alors 8 et 5 ans, en comparant quelles seraient nos vies avec ou hors de l’Education Nationale. C’est sans hésitation que nous choisîmes l’instruction en famille. Plus de rythmes imposés, quel soulagement! Plus de comportements « déviants » rapportés, nous étions face à nos propres comportements familiaux. C’était bien plus facile à gérer, bien moins fatiguant. Même si l’écart d’âge entre mes deux enfants à ce moment là n’était pas facile, le petit et le grand n’étant pas dans la même dynamique de jeux. Mais nous avons appris à vivre ensemble.

AVEZ-VOUS VU DES PROGRES CONCERNANT LES APPRENTISSAGES?

Dès le début de cette nouvelle vie, les compliments d’observateurs extérieur pleuvaient, « ils sont plus éveillés » « On ne dirait pas qu’il a 7 ans, il est plus mûr » ai-je entendu plusieurs fois. Mes enfants pouvaient apprendre et jouer, c’était un vrai bonheur. Mon fils qui ne savait pas bien lire au sortir du CE1 à rapidement mieux lu, nous ne travaillions pas beaucoup et j’ai pu les regarder grandir et apprendre dans le domaine de leur choix, je les voyais se structurer de manière que je qualifie de saine.

Quand nous avons commencé l’école en famille, j’ai vu dès le début que L’ainé reprenait à petit à petit confiance en lui, le goût d’apprendre, mais cela à prit tout de même presque 2 ans.

VOS ENFANTS N’ONT ILS JAMAIS DEMANDE A REPRENDRE L’ECOLE?

Si, justement. Nous avons déménagé, mon aîné a souhaité reprendre le chemin de l’école publique, il avait de envie d’apprendre autrement, de découvrir une nouvelle école, de vivre sa vie et de voir plus souvent un bon copain qui fréquente cette école. Il a été  choqué, interloqué par le comportement stupide des adultes, des règles inutiles et du manque de confiance que l’on porte à l’individu. Il m’a dit aimer apprendre, pour ensuite me dire détester les maths et le français, c’est pour moi une évidence que la manière d’enseigner dans les école est très sclérosée, qu’elle manque cruellement de vie et d’attrait . Au niveau des techniques d’apprentissages, le système ne lui convient pas du tout, malgré qu’il ait forcément été impacté par celles de l’école.

Le cadet, ayant arrêté en grande section, a gardé, lui, une manière naturelle de se tourner vers l’apprentissage : pas besoin de lui dire « compte! », il est curieux par lui-même d’apprendre à compter. Pour la lecture il est un peu moins prêt, mais il a envie et cela va venir, j’essaie de lui trouver une manière concrète et intéressante pour aborder les sujets d’apprentissage. Lui est catégorique ! Il ne veut pas retourner à l’école et a tanné tous les jours son frère jusqu’à ce qu’il décide de rentrer à la maison, déçu par l’aventure.

S’IMPROVISER ENSEIGNANTS, DE SES PROPRES ENFANTS, EST-CE COMPLIQUE?

J’ai dû m’adapter à mes enfants pour permettre la transmission des savoirs. Le cadet raisonne et fonctionne comme moi, c’est plus aisé de le comprendre, nous avons beaucoup de choses en commun. Il est plutôt facile. A l’école, il était le petit « chouchou »: « on l’aime bien, il fait tout comme on veut, et il réussit », me disait-on. Moi j’y voyais une perte de créativité, une nervosité accrue, de l’eczema, une digestion perturbée.

D’ailleurs, qui a inventé la règle  « va au toilette que quand je t’en donne l’autorisation »? C’est une règle inhumaine à l’encontre des droits fondamentaux de l’homme! Autre dysfonctionnement grave à mon sens : des troupeaux d’enfants dans des salles sans oxygène car insuffisamment, voire pas du tout aérées! Comment voulez-vous que l’organisme fonctionne correctement dans de telles conditions ?

Pour m’adapter à l’apprentissage de l’aîné c’était moins évident, car c’est un auditif, ce ne sont pas du tout les mêmes raisonnements, nous avons moins ce centre d’intérêt en commun, mais ces questionnements sont très intéressants (je partage beaucoup de choses aussi avec lui) ses rythmes sont aussi particuliers, je tâche de les respecter.

AVEZ-VOUS NEANMOINS DES COMPTES A RENDRE A L’EDUCATION NATIONALE?

Nous sommes contrôlés par l’inspection académique, une fois par an, deux si l’académie le juge nécessaire (ils se basent sur le niveau, mais beaucoup de parents vous diront que niveau ne veut rien dire) en 2015/2016 le contrôle était très simple puisque l’article de loi stipulait simplement l’obligation d’une instruction, mais sans en spécifier le contenu. Puis en 2016/2017 suite au vote d’un nouveau décret l’instruction devait se porter sur l’acquisition des socles de base. Ce qui nous a valu toute une batterie de tests et un deuxième contrôle. Au préalable, je leur avais refait un courrier leur précisant que le décret nous laissait le choix de la pédagogie et que l’acquisition des socles de base ne devait être effective qu’à l’âge de 16 ans. Du coup au 2e contrôle, ils ont juste regardé si les enfants avaient un peu progressé. Mais si il n’y avait pas ces lois stupides pour une famille comme nous (le décret à été pondu pour éviter les dérives islamique dans les banlieues parisiennes) je pratiquerais totalement le unscholing, c’est à dire laisser l’enfant apprendre naturellement quand il est prêt et quand il a envie tout en lui laissant accès à des outil (livres, rencontres, sorties culturelles, matériel de bricolage , etc..) Ces contrôles sont parfois sympas, parfois désagréables ou stressant, c’est comme au réveil, on n’est pas toujours de bonne humeur…

JAMAIS D’HESITATIONS QUANT A CE CHOIX?

Au final, ce que j’essaie de faire au quotidien avec eux c’est de les responsabiliser sur tous les sujets. Donc le résultat ne se voit pas forcément tout de suite, mais je suis convaincue qu’à l’âge adulte ils sauront qui ils sont (suffisamment pour choisir une voie). Ils seront à même de conduire le projet de leur vie. Mon but est qu’ils soient eux-mêmes, et pas ce que je veux qu’ils deviennent, ou ce que la société veut qu’ils deviennent. Qu’ils soient capables également de subvenir à leur besoins vitaux.

J’ai la satisfaction de penser que je ne m’en sort pas trop mal et suis pleine d’espoir quant à l’avenir.

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Timothé et Julie ou la difficulté pour un enseignant à suspecter une précocité intellectuelle en fonction du genre de l’élève

les diagnostics de garçons représentent au moins le double que ceux des filles.

La question de la différence des signes de précocité selon le sexe fait l’unanimité. D’après les chiffres, les filles seraient moins nombreuses. On parle 1,93% des filles ayant un QI supérieur à 130 contre 2,65 % des garçons. D’autres études donnent 3 garçons diagnostiqués pour une fille. Les diagnostics s’accorderaient davantage au masculin qu’au féminin. Réalité ou camouflage? Les filles seraient plus discrètes, parviendraient davantage à se « fondre » dans le moule, à se « sur-adapter ». Mais cette meilleure adaptation « en surface » leur est-elle réellement bénéfique? Thomas, enseignant du primaire raconte son expérience avec un garçon et une fille EIP dans l’exercice de son travail.

      En Septembre 2010, en qualité de remplaçant, je suis affecté dès la rentrée sur une classe de CP pour une période de 2 mois dans un petit bourg de la côte chalonnaise (71) . Dès le premier contact, je repère Timothé qui m’interpelle par son comportement. Discret, effacé, fuyant mon regard, il attise immédiatement ma curiosité.

Le deuxième jour de classe, un évènement va me permettre de trouver les réponses à mes interrogations. Timothé doit lire un texte à voix haute. Il lit aisément en comprenant parfaitement simultanément.  Ma curiosité me pousse à lui proposer des textes et questions plus ardus.

Stupéfaction.  Même aisance dans la lecture et la compréhension, mais il fait également preuve d’une grande maturité dans l’élaboration de ses réponses.

Je contacte alors immédiatement le RASED qui me confirme mes impressions. Le soir même à la sortie de l’école j’interpelle la mère, qui était en fait au courant du profil de son fils. Elle l’avait fait tester quelques temps auparavant, et Timothé est bien intellectuellement précoce. Avec beaucoup de retenue et de gêne, elle m’explique que ce qui l’inquiète le plus, c’est l’épanouissement de son fils à l’école. Elle a en effet conscience des particularités des EIP, notamment l’hypersensibilité. Nous en discutons sereinement pendant toute la durée de mon remplacement et après avoir informé les collègues et le titulaire de la classe, je vais poser mon cartable dans d’autres classes avec le sentiment d’avoir fait mon travail.

L’année qui suit, je suis confronté personnellement à la précocité intellectuelle de mon fils, validée par un test.

Tout s’explique. Les rentrées scolaires difficiles, les convocations régulières par les enseignants, les crises, les difficultés diverses à être élèves, les difficultés à la maison… Mais dans le même temps, tout s’apaise et la pression redescend d’un cran même si les difficultés restent vivaces.

Curieux,  je me renseigne beaucoup sur le haut potentiel ou sur les élèves intellectuellement précoces (jargon utilisé dans le monde enseignants) j’en parle énormément autour de moi.

Les langues se délient. Ce n’est pas un phénomène isolé ni une mode. Je découvre autour de moi plusieurs familles concernées. Je me sens mieux armé pour faire face à ces enfants différents et à les détecter, du moins, je le pensais.

Une métamorphose

Deux ans plus tard, fort de mes convictions, je poursuis ma route de remplaçant et je suis affecté de Décembre 2014 jusqu’à juin 2015 à mi-temps sur une classe de CM1/CM2 dans un petit village en périphérie de Chalon. L’année scolaire s’écoule paisiblement je prends beaucoup de plaisir dans cette classe avec des conditions d’enseignement idéales.

Mais à l’approche de la fin de l’année, Julie, élève de CM1 commence à m’inquiéter. Cette élève brillante, très scolaire et agréable, se métamorphose.

Elle devient pâle, angoissée, se renferme progressivement sur elle et refuse de quitter son gilet en laine malgré les fortes chaleurs.  Les parents, eux-mêmes enseignants, me font part de leur inquiétude légitime. Je leur conseille de s’adresser à un médecin ou à un psychologue.

Cependant, la situation en classe dégénère et rien n’enraye cette spirale qui plonge Julie dans une dépression.

Les conseils de classe quotidiens nous apportent à tous des débuts d’explication mais ne suffisent pas. En conflit avec 4 camarades de classe, Julie relate des problèmes relationnels qui remontent à la grande section maternelle avec une précision déconcertante. Impossible pour nous de trouver une solution aux problèmes de Julie, ni d’en comprendre l’origine. Mon année se termine avec un sentiment mitigé. Julie affiche une fois encore d’excellents résultats. Devrais-je m’en réjouir ? Non, car son mal-être est toujours présent et sa dépression ne laisse présager rien de bon pour son avenir personnel et scolaire. J’ai le sentiment d’avoir échoué, comme d’autres collègues avant moi et certainement d’autres après moi qui échoueront également.

Quelques mois plus tard je croise la maman et lui demande des nouvelles de sa fille. Elle va « légèrement mieux depuis que le diagnostic de haut potentiel a été posé ». Un sentiment de culpabilité m’envahit. Julie est surdouée. Elle était en sur-adaptation et je n’ai rien remarqué. Ce constat me désole.

Dans le cas de Timothé, j’ai réagi au bout de 2 jours et dans le second cas je suis passé à côté.

Combien d’élèves comme Julie laissons-nous en chemin ? La question m’effraie. Sans tirer de conclusion hâtive, il semblerait que la vigilance soit davantage de rigueur concernant les filles. Dans l’article   « Qui sont les enfants à haut potentiel«  de Brigitte Vuille et Marc Sieber, paru dans la Revue Suisse de Pédagogie Spécialisée, il est rappelé en effet que les filles HPI ne présentent pas des caractéristiques incitant les parents à amorcer un processus de diagnostic. Elles paraissent soit « plus adaptées », soit plus « gérables ». Il est aussi fréquemment dénoncé une tendance au sein de la famille à valoriser l’intelligence et la force du garçon, et l’apparence physique de la fille. Ce qui n’aide pas, bien entendu, les filles à exprimer et à exploiter leur potentiel.

Bien entendu, la médiocrité des rapports entretenus par les élèves dans un petit bourg tranquille me laisse perplexe.  A quel point sommes nous devenus aveugles à la souffrance des autres ? Et jusqu’à quel point sommes nous capables d’alimenter la souffrance de ne pas appartenir à l’intelligence « conventionnelle »?

Thomas, enseignant

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Les surdoués ne sont pas surdoués

Surdoué. Ils n’ont plus que ce mot là à la bouche. Je suis surdoué, il est surdoué, tout s’explique, de combien est son QI, ça lui monte à la tête, j’étais donc incompris… Engouement ou défiance, la problématique ne laisse personne indifférent. Et pour cause.

A l’instar de l’autisme, du TDAH ou des troubles dys, la meilleure connaissance de ce pan de la Neurodiversité humaine est une condition sine qua non de la révolution éthique que nous nous apprêtons à vivre. Mais précisément, pour que cette révolution éthique, qui consistera à instaurer une connaissance et un respect des particularités neurologiques de chaque individu (qu’il s’agisse de l’éducation, de la sphère privée ou du travail), il semble nécessaire d’évincer les mythes.

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Les surdoués ne sont pas surdoués.

La liste non-exhaustive qui va suivre est tout à fait subjective. Mais elle aura, je l’espère, le mérite d’ouvrir les yeux sur l’hérésie qui consiste à appeler « surdoués » toutes les personnes dont le QI dépasse 130 (QI qui, à lui seul, ne suffit pas à poser un diagnostic de « haut potentiel »):

Les surdoués ne savent pas faire les choses de manière « mécanique », tout est sujet à réflexion, remise en cause (ce qui peut compliquer, par exemple, l’apprentissage de la conduite ou les formules mathématiques à connaître bêtement par coeur),

Les surdoués peuvent être harcelé par leur lucidité, le sentiment d’absurde, l’idée d’infini. Cela peut même paralyser leurs prises de décision,

Leurs projets peuvent être aussi endigués par une profonde mésestime de soi,

Que cela soit patent ou non, ils se sentent souvent seuls et éprouvent des difficultés à vivre pleinement l’instant,

Les surdoués redoutent la répétition, et certaines tâches quotidiennes peuvent représenter pour eux un fardeau, le mode d’apprentissage traditionnel, justement basé sur la répétition et le mode « séquentiel », les ennuie, voire les angoisse (en particulier dans leur domaine de compétence),

Les surdoués peuvent être paralysés par le manque de confiance en eux,

Les surdoués peuvent manquer profondément de motivation si une tâche n’est pas assez nouvelle, stimulante, à leurs yeux,

Les surdoués ne parviennent pas toujours à intégrer la société, aussi sont-ils obligés de se construire un « faux-self », une personnalité de façade pour ressembler à une personne «normale »,          « tellement cool » !

Leur pensée en arborescence, plus rapide, mais aussi infatigable, est bien souvent inadaptée à leur cadre professionnel, mais aussi privé,

La douance s’accompagne souvent d’une hypersensibilité sensorielle et émotionnelle, ce qui peut les rendre plus réactifs aux stimulis (ils seront plus facilement incommodés par un bruit, par exemple), mais aussi à leurs émotions qu’ils peuvent avoir des difficultés à gérer,

Les enfants dits surdoués rencontrent souvent, du fait, entre autres, de leur pensée divergente, de leur défaut d’implicite commun, des difficultés à s’adapter au système scolaire et n’auront de facto pas toujours la carrière et la réussite personnelle que l’on pourrait leur prédire,

Ils souffrent souvent d’une dyssynchronie, décalage entre leur maturité intellectuelle et leur maturité affective, qui rend leurs actes difficilement interprétables,

Les surdoués ont fréquemment de grandes difficultés à supporter hiérarchie, autorité, consignes illégitimes, et éprouveront des difficultés à « garder leur langue dans leur poche « ,

Ils ont souvent de grandes difficultés à organiser leur vie, à se « ranger » : cadre professionnel, familial, affectif…

Le « surdoué » dispose d’une condition neurophysiologique particulière, qui le rendrait, à l’aune de la société actuelle, plus « inadapté » que « surdoué », malgré ses performances supérieures dans certains domaines. Sauf s’il a la chance d’avoir conscience jeune de cette différence, si il est bien entouré et évolue dans un cadre qui perçoit son potentiel et les bénéfices que l’on peut en tirer. Sa façon de raisonner, d’intégrer le savoir, sa sensibilité en font un être souvent (certes, pas toujours) incompris et marginalisé, sans compter qu’il a bien souvent lui-même du mal à se comprendre. Les surdoués seront surdoués dans le monde de demain. Le monde qui s’adaptera à la neurodiversité humaine et qui permettra à chaque individu d’exprimer pleinement son potentiel dès le plus jeune âge. En attendant, il faut interroger les termes de « surdoué» ou « haut potentiel », qui portent préjudice aux personnes concernées qui, bien souvent,  ne se sentent ni supérieures, ni des « Einstein » mais tout simplement des intelligences qualitativement différentes. Ce terme rend, de surcroît, le « coming-out » plus difficile. Avouer à ses proches, à ses collègues, à ses camarades de classes, que l’on a un TDAH ou un trouble dyslexique par exemple, pourquoi pas. Mais « je suis surdoué » rimera souvent avec mépris, prétention ou narcissisme dans l’oreille de nos interlocuteurs.  Aussi est-il urgent de remplacer cette terminologie désuète et clivante de « surdoué » pour lui préférer, par exemple, l’appellation « zèbre » (terme inventé par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin), et de considérer ce drôle d’animal comme un représentant à part entière de la Neurodiversité humaine.

Juliette SPERANZA

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Pour une école inclusive

Une vidéo intéressante sur l’école inclusive. Des expériences d’élèves Asperger qui racontent leur inclusion en milieu ordinaire, mais aussi de familles. Hugo Horiot y dénonce la « sur-institutionnalisation du handicap franco-française« , et la politique ségrégationniste  de l’hexagone vis à vis du handicap .

Une question très intéressante d’une enseignante qui s’est déplacée pour connaître un peu les personnes autistes: « On ne nous propose aucune formation », affirme-t-elle. Scandaleux!

 

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Autiste, on le reste toute sa vie. Il ne faut pas un remède, mais de l’accompagnement

PAR HUGO HORIOT
Le 18 octobre 2016, Autism Speaks, la plus importante fondation américaine de soutien à la recherche sur l’autisme, a modifié ses statuts pour la première fois depuis 2005, en ôtant la recherche d’un remède à l’autisme de la liste de ses objectifs.
Steve Silberman a salué ce changement comme étant une petite avancée vers l’acceptation de la neuro-diversité.
On ne devient pas autiste, on naît autiste
À l’âge de 2 ans, on a proposé à ma mère de m’enfermer en hôpital psychiatrique pour le restant de mes jours en lui déclarant :
« Faîtes le deuil de votre enfant. Votre enfant est bien plus malade que n’importe qui. »
Je fais partie de ceux qui étaient considérés comme étant apparemment suffisamment « sévères » ou encore « sévèrement atteints » pour être condamnés.
On ne devient pas autiste, on naît autiste, on le reste toute sa vie et on meurt autiste.
On ne souffre pas d’autisme. On souffre du regard des autres.
Les enfants autistes deviennent des adultes autistes
Les pouvoirs publics et les diverses instances officielles oublient souvent ce que les parents savent très bien : les enfants autistes deviennent inévitablement des adultes autistes. Ce n’est pas une fatalité. C’est un fait.
Tous les adultes autistes en mesure de témoigner et la communauté scientifique internationale savent qu’on ne « guérit » pas de l’autisme.
Il est temps de cesser de regarder l’autisme comme une mystérieuse maladie incurable. L’autisme n’est pas une fatalité. L’autisme est une spécificité du genre humain appartenant à la neuro-diversité. L’autisme n’est pas un trouble mais une condition.
Une condition, comportant certes une grande variété d’un autiste à un autre, pouvant se révéler plus au moins « troublante », voir « handicapante » au regard des codes résultant d’une contrainte de « normalité », inévitablement imposée par la vie en collectivité. Mais lorsqu’une « contrainte de normalité » tend vers le rejet systématique de tout ce qui ne lui ressemble pas, elle devient alors dictatoriale, totalitaire, dangereuse et mortifère.
L’autisme doit être accompagné pas stigmatisé ou caché 
La condition de l’autisme nécessite, à l’instar de beaucoup d’autres, non pas d’être cachée, stigmatisée et ghettoïsée mais au contraire d’être accompagnée afin de lui donner toutes ses chances de prendre part à la vie en société et pourquoi pas, parfois, remettre cette même société en question.
Plutôt que de tenter d’éradiquer l’autisme, une remise en question d’ordre culturel et sociétal, touchant à l’éducatif et l’ouverture du « milieu ordinaire » s’impose.
Tout ce qui touche au suivi médico-social et au soin, ne devrait jamais être envisagé comme première solution et encore moins tendre vers un aller simple fataliste, systématique et destructeur en institution spécialisée.
Record mondial du nombre d’autistes enfermés à vie
L’autisme aux États-Unis représente une naissance sur 68. Selon une autre étude, l’autisme en Corée du sud concerne même un enfant sur 38. Et de nombreuses études s’accordent pour dire que cela augmente.
De son côté, la France détient le record mondial du nombre d’autistes enfermés à vie. Selon l’IGAS, « 60% des séjours longs sont le fait d’autistes », affirme un rapport rendu par le groupe d’études autisme de l’assemblée nationale, le 8 avril 2015.
Ce sont des autistes qui, bien sûr, dés leur petite enfance n’ont jamais eu la moindre chance d’inclusion.
Allons nous continuer à condamner à l’enfermement, à la mort sociale toutes ces personnes ?
Surtout quand nous savons aujourd’hui, fort de la recherche de la communauté scientifique internationale, que l’ouverture du milieu ordinaire et un accompagnement adapté dés la petite enfance sont les meilleures garanties pour que cette part de l’humanité prenne part à la société ?
HUGO HORIOT

http://www.hugohoriot.com