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Les surdoués ne sont pas surdoués

Surdoué. Ils n’ont plus que ce mot là à la bouche. Je suis surdoué, il est surdoué, tout s’explique, de combien est son QI, ça lui monte à la tête, j’étais donc incompris… Engouement ou défiance, la problématique ne laisse personne indifférent. Et pour cause.

A l’instar de l’autisme, du TDAH ou des troubles dys, la meilleure connaissance de ce pan de la Neurodiversité humaine est une condition sine qua non de la révolution éthique que nous nous apprêtons à vivre. Mais précisément, pour que cette révolution éthique, qui consistera à instaurer une connaissance et un respect des particularités neurologiques de chaque individu (qu’il s’agisse de l’éducation, de la sphère privée ou du travail), il semble nécessaire d’évincer les mythes.

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Les surdoués ne sont pas surdoués.

La liste non-exhaustive qui va suivre est tout à fait subjective. Mais elle aura, je l’espère, le mérite d’ouvrir les yeux sur l’hérésie qui consiste à appeler « surdoués » toutes les personnes dont le QI dépasse 130 (QI qui, à lui seul, ne suffit pas à poser un diagnostic de « haut potentiel »):

Les surdoués ne savent pas faire les choses de manière « mécanique », tout est sujet à réflexion, remise en cause (ce qui peut compliquer, par exemple, l’apprentissage de la conduite ou les formules mathématiques à connaître bêtement par coeur),

Les surdoués peuvent être harcelé par leur lucidité, le sentiment d’absurde, l’idée d’infini. Cela peut même paralyser leurs prises de décision,

Leurs projets peuvent être aussi endigués par une profonde mésestime de soi,

Que cela soit patent ou non, ils se sentent souvent seuls et éprouvent des difficultés à vivre pleinement l’instant,

Les surdoués redoutent la répétition, et certaines tâches quotidiennes peuvent représenter pour eux un fardeau, le mode d’apprentissage traditionnel, justement basé sur la répétition et le mode « séquentiel », les ennuie, voire les angoisse (en particulier dans leur domaine de compétence),

Les surdoués peuvent être paralysés par le manque de confiance en eux,

Les surdoués peuvent manquer profondément de motivation si une tâche n’est pas assez nouvelle, stimulante, à leurs yeux,

Les surdoués ne parviennent pas toujours à intégrer la société, aussi sont-ils obligés de se construire un « faux-self », une personnalité de façade pour ressembler à une personne «normale »,          « tellement cool » !

Leur pensée en arborescence, plus rapide, mais aussi infatigable, est bien souvent inadaptée à leur cadre professionnel, mais aussi privé,

La douance s’accompagne souvent d’une hypersensibilité sensorielle et émotionnelle, ce qui peut les rendre plus réactifs aux stimulis (ils seront plus facilement incommodés par un bruit, par exemple), mais aussi à leurs émotions qu’ils peuvent avoir des difficultés à gérer,

Les enfants dits surdoués rencontrent souvent, du fait, entre autres, de leur pensée divergente, de leur défaut d’implicite commun, des difficultés à s’adapter au système scolaire et n’auront de facto pas toujours la carrière et la réussite personnelle que l’on pourrait leur prédire,

Ils souffrent souvent d’une dyssynchronie, décalage entre leur maturité intellectuelle et leur maturité affective, qui rend leurs actes difficilement interprétables,

Les surdoués ont fréquemment de grandes difficultés à supporter hiérarchie, autorité, consignes illégitimes, et éprouveront des difficultés à « garder leur langue dans leur poche « ,

Ils ont souvent de grandes difficultés à organiser leur vie, à se « ranger » : cadre professionnel, familial, affectif…

Le « surdoué » dispose d’une condition neurophysiologique particulière, qui le rendrait, à l’aune de la société actuelle, plus « inadapté » que « surdoué », malgré ses performances supérieures dans certains domaines. Sauf s’il a la chance d’avoir conscience jeune de cette différence, si il est bien entouré et évolue dans un cadre qui perçoit son potentiel et les bénéfices que l’on peut en tirer. Sa façon de raisonner, d’intégrer le savoir, sa sensibilité en font un être souvent (certes, pas toujours) incompris et marginalisé, sans compter qu’il a bien souvent lui-même du mal à se comprendre. Les surdoués seront surdoués dans le monde de demain. Le monde qui s’adaptera à la neurodiversité humaine et qui permettra à chaque individu d’exprimer pleinement son potentiel dès le plus jeune âge. En attendant, il faut interroger les termes de « surdoué» ou « haut potentiel », qui portent préjudice aux personnes concernées qui, bien souvent,  ne se sentent ni supérieures, ni des « Einstein » mais tout simplement des intelligences qualitativement différentes. Ce terme rend, de surcroît, le « coming-out » plus difficile. Avouer à ses proches, à ses collègues, à ses camarades de classes, que l’on a un TDAH ou un trouble dyslexique par exemple, pourquoi pas. Mais « je suis surdoué » rimera souvent avec mépris, prétention ou narcissisme dans l’oreille de nos interlocuteurs.  Aussi est-il urgent de remplacer cette terminologie désuète et clivante de « surdoué » pour lui préférer, par exemple, l’appellation « zèbre » (terme inventé par la psychologue Jeanne Siaud-Facchin), et de considérer ce drôle d’animal comme un représentant à part entière de la Neurodiversité humaine.

Juliette SPERANZA